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Full text of "Contributions à l'étude de la pêche maritime en Uruguay"

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SS^SrS:». 



CONTRIBUTION A L'ETUDE 



DE 



LA PECHE MARITIE 



EN 



URUGUAY 



PAR 



ANDRÉ POUYAT 



l'KOFKSSEVR DE ZOOLOGIH!';^A L'INSTITUT AGRONOMIQUE DE MONTKVIDRO 
CHARflK DE L'kUTDE DES PÉCIIERIES EN URUGUAY 



(COMMÜNICATION PRÉSENTÉE Aü CONGRÉS DE LA HAYE 1909) 



EXTRAIT DE LA REVUE N.» VJII DE L'INSTITUT D'AGRONOMIE 



MONTEVIDEO 

TlP. DE I.'ÉCOLB NATIO'nALE DES ArTS RT MÉTIERS 

1911 






f hrf ^Vu^ 



Mr. John N«i-sofr Wistíük . 




Aniomiés IBotuyat 



^l'H-OlllECTOai »KiL I?íSTIlTlfT« líK PlíSCA. 



í^fll^üSTlEailO ira¡E 3?íOUSTDtlAS 



]>flo?sir IF, V J li E ID 



CONTRIBÜTION Á L'ETUDE om-.» .'i fi,h« 

i. I. National Muse 



DE 



LA PECHE MÁRITIME 



EN 



URUGUAY/ y^svt^s^ 

PAR 

ANDRE BOUYAT ^"^ ^^* ' - 



PROFESSEUR DE ZOOLOGIE A L'I.NSTITUT AGRONOMIQUE DE MONTEVIDEO 
CHARGÉ DE L'ÉIUDE DES PÉCHERIES EN URUGUAY 



(COMMÜNICATION PRÉSENTÉE Aü CONGRÉS DE LA HAYE i909) 



EXTRAIT DE LA REVÜE N.» VIII DE L'INSTITÜT D'AGROSOMIE 



MONTEVIDEO 

TlP. DE I/ECOLE NATIONALE DES AuTS ET MÉTIERS 

1911 



30 




CARTE GENÉRALE DE L'URUGUAY 



€ontributíon á rétude de le pécbe 
ntarítíme en Uruguay 



ANDRE BOUYAT 

l'rofessi'ur iIc Zoolofific h rinstitiit AgTonoiui(iue ile Montoviilro 
Cliarg-ú (le rótmlo des péelu-i-ics cii Uruguay 



(COMMUNICATION PRÉSENTÉE AU CONGRÉS DE LA HAYE 1909) 



INTR©DüeTI©lV 

Une des questions auxquelles noiis avoiis cru de- 
voir accorder une attention toute spéciale a notre ar- 
rivée dans la Républiriue Oriéntale de rUrugiiay a 
été celle de rexploitaiion móthodique de la faune 
aquatique. 

Nos études antérieures, les travaux elfectués par la 
Mission fi'aneaise a laquelle nous avons eu l'honneur 
d'appartenir et dont les resultáis ont eu une si heu- 
reuse inñuence sur le développement de la pí'clie en 
Afrique occidentale ' i , les conditions remarquables 
qu'offre a Tétablissement de Taquiculture la Répu- 
blique de 1' Uruguay, tout nous portait á consacrer une 
partie de nos preiniers efforts a l'étude de l'exploita- 
tion industrielle de la faune aquatique. 

Gráce aux i-enseignements qu'il nous fut possible 
de recueillii", aux publications et périodiques que nous 
púmes consultei' et a nos observations personnelles 
nous fumes rapidement convaincu qu'il y avait a faire, 
beaucoup á faire au point de vuc apecheries» et que, 



(1) Voyez A. (Jruvol et A. üuuyat, les Péclierics do la t'.'.te Oecidciitale d'AiVi 
que, Challainel éditeur, l'aiis iiMW. 

A. (íruvel, les Péeberies des cotes du Sénég-al et iles riviéres du sud, Cliallaniel 
éditeur, Paris 1908. 



_ 4 — 

pour peu que le ÍTOuvernement veuille bien lui accor- 
der son appui, rindusti'ie de la peciie, encoré rudi- 
mentaire, étaií susceptible de prendre un essor qui la 
placeraitau prenaier rang parmi les plus florissantes 
branches de factivité de la Hépublique. 

Mais précisémeiit parce qu'il y avaii beaucoup á 
taire un plan de travail était nécessaii^e, dont l'exé- 
cution mélhodique éviterait la peite de temps due 
h la dissémination des elíorts sur plusieurs points, 
el il nous paruí que Texéculion de ce plan devait 
commencer par Tétude el l'organisation de la peche 
en mei'. 

La, en efíet, existait deja un conunencement d'ex- 
ploitation. Une entreprise de peche uíilisant des va- 
peurs et de petits voiliers; quelques autres vapeurs, 
appartenant a des pecheurs associés et un certain 
nombre de barques a voile, pratiquaient la peche au 
palangre et au trémail <i approvisionnant de pois- 
son fi-ais la ville de Montevideo et l'entreprise P. 
Galcerán exportait quotidiennement sur Buenos Aires 
une quantit('' assez considerable de poisson trans- 
porté d'une rive a Tautre du Río de la Plata par les 
vapeurs faisant chaqué jour le service entre les deux 
capitales. 

Au point de vue ^(conserves», il n'y a lieu de men- 
tionner que de petits industriéis travaillant avec des 
capitaux extrennement rcduits et un personnel des 
plus restreints. 

Enfin quelques pecheurs se livrent au tranchage, 
salage et séchage d'un tres petit nombre de poissons. 
Les produits qu'ils obtiennent sont destines a Tinté- 
rieur de la République. De graves défauts de prépa- 
i'ation les rendent. en eñet, ■ inacceptables par le 
marché de Montevideo oii les remplace le poisson 
sec import('' d'Europe et designé sous le nom gén(^- 
ral de ((bacalao» quelles que soient les espéces qui 
le composent. 

Point de fabriques d'engrais de poisson, d'huile de 
íbies, dMchtliyocolle, de graisse de poisson, etc. De 
salines pas davantage. 

Kn ce qui concerne i'huile de íoies, il nous a cc- 
pendant été signalé une tentativo de fabrication re- 
tí) L'cnoin utilist' cu Uniguay cst iiniiroiinniient ilésis'iié sous \c iioin de trúiiiail. 
11 se coiiiiiosi', en ettet, (ruñe seule iiaiipe tic filet. 1/us.nR'c (lu trémail véritable oii 
frriiKtil (Ir «tres imñoso est iirolillie. 



inontant a pliisienrs années. Les pi'oduits obtenus 
étaient, parait-il, d'une élaboration suftisamment pai*- 
faiie pour avoir été vendus au lieu et place de l'huile 
de foies de morue imporiée, mais ce rudiment dMn- 
dustrie avait dispara au moment de nutre arrivée. 
D'auti'e part nous ne pouvons considerer comme pro- 
duit commercial les pr(^parations qui flgurent aux (Ma- 
lages de certains marchands de poissoiis au a Marché 
du Port» dans des flacons couverts d'une couche de 
poiissiére qui témoi.ojnc a la fois de Tancienneté de 
leur fabrication et du.... respect dont ils sont l'objet. 

Au point de vue des salines, il y a lieu d'indi- 
quer des essais faits sur plusieurs points de la cOte 
(Puerto inglés, Punta del este, etc.) et qui n'auraient 
pas donné de résultat. Nous devons ajouter que le 
tres bas prix du sel, apporté par des voiliers qui 
viennent «sur lest», ce lest étant pi'écisément cons- 
titué par du sel, le prix de la main-d'oeuvre et l'ab- 
sence au moment des essais sus-mentionnés de mo- 
veos économiques de transport plagaient 1' industrie 
des salines dans de tres précaires conditions. 

Le tablean que nous venons d'esquisser rapidement 
ne rappelait que de tres loin fexploitation indus- 
trielle de la peche et de ses produits en Europe ou en 
Nord Amérique. 

La quantité et la qualité des espéces composant 
la faune des eaux baignant les cotes de T Uruguay 
jointes a des conditions climatériques exceptionnelles 
permettaient, par contre, d'entrevoir la possibilité de 
íaire au moins aussi bien qu'en Europe en étendant 
Taire de travail des bátiments pécheurs qui ne dé- 
passaient guére, vers Test, le « banc anglais», et en 
entrant résolument, si des obstacles insoupconnés ne 
s'y opposaient pas, dans Tindustrialisation tant des 
procedes de la peche que de ceux de préparation et 
d'utilisation de ses produits. 

Ce sont de telles considérations qui nous détermi- 
nérent a présenter a, Monsieur le Ministre d'indus- 
ries, travail et instruction publique le projet suivant: 



- 6 - 



PROJET OeRGaNISATION 

d'unc rtlíssion pour l'cmde des rcssourccs ¡cbtbvolosiqucs des flcuccs, des 
laguncs et des m\x baignaitt les cotes de la Républiaue Oriéntale de 
r Uruguay et la recbercbe des Industries auxquellcs peut donner naissance 
leur exploitation. 

En examinant la carte hydrographique de la Ré- 
publique Oriéntale de 1' Uruguay, on est inmédiate- 
ment frappé par Tabondance des ñeuves, riviéres et 
ruisseaux qui la sillonnent en tous sens, assurant 
une irrigation qui en a fait le pays par excellence 
des pátuiages et. de Télevage. 

Et, a ce remarquable, a ce richissime réseau de 
cours d'eau, dont Timportance s'échelonne du simple 
ruisselet aux majestueux Río Uruguay et Rio Negi'o, 
auxquels sont adjointes des lagunes d'une élendue 
considerable, viennent encoré s'ajouler les cotes du 
Rio de la Plata et le littoral de l'Océan Atlantique. 

Ua République Oriéntale de TUruguay posséde, de 
ce fait, une faune aqualique particuliérement remar- 
queable et l'inñnie varióte de poissons, crustacés et 
mollusques qui la composent, comprend depuis les 
animaux les plus franchement nnarins jusqu'aux plus 
nettement adaptes a la vie en eau douce, en passant 
par ceux auxquels leur organisation permet de vivi'e 
en eau sauniatre. 

Les conditions éminemment favorables dans les- 
quelles se présente Tutilisation des animaux. aquati- 
ques, Tabondance et la valeur, depuis longtemps 
reconnues, des especes constiiuant les faunes marine, 
d'eau saumAtre et d'eau douce induisent a penser que 
leur exploitation doit ('tre susceptible de donner lieu 
a la ci'éation d' industries aux produits desquelles un 
débouché certain est assuré dans la République méme, 
en Argentine, au Brésil, etc. 

Mais, quelle que soit Tabondance de la matiéi^e 
pi'emiére, quelles que soient les facilites assurées á 
son exploitation par une situation privilégiée, la créa- 
tion de telles industries demande des travaux pi'épa- 
ratoires dont la nécessité est d'autant plus impérieuse 
que la varióte des especes exploitables est plus grande, 
que les produits a ólaborer sont plus nombreux et 
plus di vers. 



L'exploitation des richesses de toutes sortes que 
nous oñ've la faune aquatique, qu'il s'ngisse de pois- 
sons, de crustacés ou de mollusques, «Tagricultui^e 
-des eaux» pour rappeler le nom si justement donné 
íi raquicLilture, est certainement susceptible de nous 
fournir des ressources incalculables pendant un nom- 
bre d'années relativement considerable. 

Cependant, meltant a proflt les enseignements tires 
•de Tagriculture, utilisant les lecons du passé et l'ex- 
périence acquise, l'aquiculture ne doit étre entreprise 
sur une vaste échelle que d'une maniere rationnelle 
€t l'idée direclrice des industriees devrait élre «réser- 
ver Tavenir» plutót qu'exploiter sans mesure, jusqu'a 
en tai-ir les sources, les richesses de la faune aqua- 
tique. 

Guidés par cette idee, ees mémes industriéis évite- 
ront, d'une part, d'encombrer un marché qui, quelque 
grande que soit sa capacité d'absorption, ne peat 
permettre a l'inñni l'écoulement des marchandises; 
assúreront, d'autre part, a leur industrie une régula- 
rité de fonctionnement qui sera une garantie non seu- 
lement pour la situation de leurs ouvriers et employés 
mais aussi pour la rémunération des capitaux engagés. 

Enfin ils seront certains de ne pas se trouver, au 
bout d'un temps plus ou moins considerable, en face 
du probléme qui se dresse actuellement devant tant 
d'agriculteurs ayant tout pris á la terre sans jamáis 
rien lui donner, et cela durant des années et des 
années, et qui doivent choisir entre les deux solutions 
suivantes: ou laisser les endroits appauvris reconsti- 
tuer leurs richesses par le seul jeu des forces de la 
nature et cela en ayant recours au factcur «temps», 
avec Tobligation, par conséquent, d'abandonner mo- 
mentanémení l'exploitation et de porter ailleurs leurs 
efforts; ou s'imposer des sacriñces pécuniaires pour 
continuer l'exploitation tout en essayant de rendre au 
milieu de culture épuisé la fertilité disparue. 

Dépenses pour l'acquisition d'engrais en agriculture, 
frais assez considerables pour le repeuplement des 
eaux exploitées sans mesure en aquiculture: telles 
sont les nécessités qui s'imposent rapidement a ceux 
qui exploitent á outrance sans autre but que le béné- 
fice de l'heure présente. 

L'exploitation de la faune aquatique devra étre a 
la fois méthodique et prévoyantc: méthodique, pour 



- 8 — 

ne rien laisser perdre des richesses que ikjus oCtVe la 
fécondit('' remarquable des animaux qui la coinp(3sent; 
prch-ovante, pour assurer l'avenir et conserveí' toute la 
stabilitc que peut permettre aux eiitreprises humai- 
nes la précarité dont el les sont frappées. 

Pour agir méthodiquement, les industriéis devront 
exploiter non seulement les poissons, crustaeés et 
mollusques sous la forme la plus courante, cest-a- 
dire les cnvoyer directement sur le marché, mais 
aussi oñ'rir a la consommation ees memes poissons, 
crustacés et mollusques sous les formes que peuvent 
leur faire acquérir les procedes si variés de findus- 
trie nnoderne. 

Poissons sales el séchés, poissons fumes, conserves 
a Thuile et au vin blanc, poissons en «escabeche», 
conserves de crustacés, etc., permettront en méme 
temps qu'une exploitalion d'autant plus rémunératrice 
que les pi'oduits de la peche seront presentes sous 
des formes plus varices, une régularisation parfaite 
du marché «poisson frais ». Celui-ci ne sera plus 
encombré, certains jours, pour étre totalement dé- 
pourvu les jours suivants, au grand dommage tant 
des producteurs, qui doivent trop souvent livrer leur 
peche a des pr-ix avilis, que des consommateurs trop 
souvent aussi soumis aux dures exigences d'un marché 
oíi la demande reste presque complétcment sans cen- 
tre -par-lie. 

Pour étre prévoyante, Texploitation devra assurer 
Tavenir et ici doit intervenir l'Etat dont les intéréts 
sont constants et se poursuivent dans le temps, tandis 
que ceux des industriéis, quMi s'agisse de particuliers 
ou de sociétés, sont limites a un nombre d'années 
toujours peu considerable si on le compare a Texis- 
lence d'une nation. 

La richesse des eaux et des terrains sous-marins 
est un patrimoine qui n'est pas seulement la pro- 
priété des pécheurs d'une époque mais bien Tapanage 
de toutes les génératioos a venir. 

La peche devra done étre réglamentée par TEtat, 

Pour connaitre exactement les ressources offertes 
á de nouvelles industries, pour déterminer les consi- 
dérations biologiques, les lois de migrations des pois- 
sons sur lesquelles s'appuyera cette réglementation, 
une étude s' impose: 

1."^ De la zone marine que parcourront, la foiii- 



- o — 

llant dans tous los sens, les cmbai'cafions, voilicrs ct 
vapeurs des exploitations futures; 

'2: Des ñeuves et des ri vi eres; 

3.'' Des lagunes qui pourronf. devenir des centres 
de nouveaux gi-oupements coloniaux. 



Géographie et hydrographie 

ToLit d'abord il y a lieu de réviser ou d'établir 
aussi soigneusement que posible la géographie et 
l'hydrographie des cotes, de taire une étude des fleu- 
ves pour grouper tous les renseignements relatifs ii 
la périodicité des crues, la composition des eaux, la 
possiljilité d'établir des dérivations, etc.; et, pour les 
lagunes, de faire une étude spéciale de chacune d'elles 
au point de vue de leur réginie d'alimentation. 

L' étude des fonds, la détermination de leur nature, 
la connaissance de la température de Teau et de son 
degré de salinité, quand il s'agira d'eaux saumátres 
ou salees, Tobservation de la direction. et de Tinten- 
sité des courants fourniront de précieuses indications 
au biologiste comme au pécheur. 



Météorologie 

La connaissance des variations barométriques et 
des relations qui existent entre la pression et les 
phíínoménes atmosphériques sera utile au pécheur; 
celle de la température, de Tétat hygrométrique de 
Tair, de la durée et de fabondance des pluies, de la 
direction et de la vitesse des vents dominants, per- 
msttra a Tindustriel de déterminer, par exemple, les 
époques favorables au séchage du poisson salé. 

Poissons, crustacés et mollusques 

L'étude des poissons, crustacés et mollusques, au 
point de vue de leur utilisation, permettra de faire 
connaitre ies diverses industries auxquelles peut don- 
ner lieu leur exploitation et la mesure dans laquelle 
chacune de ees industries peut étre assurée de trou- 
ver, dans les produits de la peche, la matiére pre- 
miére nécessaire á son fonctionnement. 



- 10 - 

Au poinl de vue des fleuves ct lagunes, elle ren- 
seignera exactement sur la valeur des espéces exis- 
tantes, riniérét qu'il y aurait a faire disparaitre celles 
de peu de valeur, a" favoriser la multiplication des 
autres ou méme a introduire des especes étrangcres 
aprés la détermination exacte des conditioiis auxque- 
lles elles devront étre adaptables. 



Peche 

La comparaison du rendemeat des procedes de 
peche actuellement ulilisés daris les fleuves, les la- 
gunes, sur la cute ou au large et de ceux mis en 
üeuvrc dans les diíférents centres de peche du nou- 
veau coníime de l'ancien monde, fera connaitre les 
moyens auxquels devront s^arréter les pécheurs en 
vue d'une cxploitation a la ibis intensive et remune- 
ra trice. 



Procedes de conservatíon 

Pour la conservation du poisson, comme pour sa 
capture, les moyens actuellement employés par les 
pécheurs de la Républiquc Oriéntale de TUruguay et 
ceux auxquels ont recours les pécheurs étrangers 
devront étre compares en vue du perfectionnement 
des uns, de la modification des autres, pour obtenir le 
máximum de rendement dans les conditions créées 
par la situation géographique du pays. 

Produits accessoires 

Les produits accessoires des divers genres de peche, 
qu'il s'agisse de Temploi de la ligne de surface ou 
de celui du chalut, de Tutilisation du trémail ou de* 
celle de la senne ont une valeur considerable qu'il 
sera intéressant de déterminer exactement. 

La connaissance de la richesse en azote, acide 
phosphorique des poissons de rebut en vue de leur 
utilisation pour la fabrication des engrais, de la va- 
leur des (pufs comme appíit pour la peche aux filéis 
dérivants, de la tencur en produits iodcs des foics de 



I — 11 — 

poissons pour la fabricatioii de succédanés de Tliuile 
de foie de morue, de Tintérót que peuvent presenten 
les vessies natatoires pour la préparation de richthyo- 
colle permettra de juger dans quelle mesure une ex- 
ploitation de peche pourra compter, par la création 
d'industrles annexes, sur- une augmentation de ses 
bénéfices. 



Etude biologique des poissons, crustacés et mol^ 
lusques, en vue de la réglementation de leur 
exploitation. 

L'étude biologique des poissons, crustacés el niol- 
lusques, en vue de la réglementation de leur exploi- 
tation, étude forcément longue, ne pourra étre menee 
á bonne fin que gráce a des observations constantes 
faites par un naturaliste. 

Les conditions naturelles dan lesquelles se trouvent 
les animaux qui constituent la faune des íleuves, la- 
gunes et des eaux baignant le liltoral maritime de 
la R. O. de I' Uruguay sont forcément variables et, 
pour la faune cótiére,'sont d'autant moins fixes qu'a 
l'action des agents agissant ordinairement sur les 
caux de Tocéan vient s'ajouter un puissant facteur 
de modification: nous avons nommé les eaux du Río 
de la Plata. 

Les migrations des poissons obéissent, d'autre part, 
A des lois qu'il n'est possible de déterminer que par 
des observations s'échelonnant sur un grand nombre 
d'années. 

Etablir une réglementation ne sera done possible 
qu'en s'inspirant tout d'abord des réglements existant 
chez les nations dont les cotes présentent des condi- 
tions voisines de cellos du littoral de la R. O. de l'üru- 
guay pour modifler ensuite ees réglements dans les 
partios dont rinsuflisance et le défaut d'adaptation 
auront été mis en évidcnce par les études biologiques 
pratiquées. 

Salines 

L'étude des cotes permettra — point intimément lié 
ñ la question peche — d'étudier s'il ne serait pas po- 



- 12 - 

sible crctablir des salinos qiii, en plus du sel néccsairc 
a la préparation du poisson, seraient peut-etre en 
mesure de fournir ce produii a Tintérieur de la Ré- 
publique, a la capitale, voii'e meme a Tétranger. 

Ces salines ne pourront naturellement étre établies 
que sur le littoral baigné par des eaux franchement 
salees et dont le degi'é de salinité est sufíisamment 
elevé pour qu'elles puissent acquíM'ir, sous Taction du 
soleil et du vent, une conceniration permettant la 
cristallisation rapide du chlorure de sodium. 



Epoque de travail 

Selon les observations, publications, rapports, etc., 
relatifs á la peche en mei-, les poissons industrielle- 
ment inléressants se rendent sur les cutes de la R. O. 
de r Uruguay durant le mois de juin pour repartir 
vers le sud au debut du mois de mars. 

D'autre part, le probléme de la préparation de ces 
poissons par le salag*^, suivi de séchage, est celui 
qui parait devoir étre le plus rapidement solutionné. 
Enñn les produits ainsi prí'parés sont assurés de 
trouver un débouclié immédiat, la populaiion de la 
République étant accoutumée a la consommation de 
la morue préparée de la méme facón. 

Ces considérations militent en faveur du départ d'une 
Mission qui étudierait la fauno marine et son utilisa- 
tion industrielle. 

Cette Mission travaillerait, pour une des raisons 
précédemment indiquées, tout d'abord au large des 
cutes jusqu'ii la limite oü les ñléts trainants et les 
lignes peuvont étre utilisés avec proñt, pour parcourir 
eñsuite ces memos c<")tes, tant pour étudier les espé- 
ces qui s'en éloignent pon, (|ue pour déterminer les 
emplacements permettant Temploi de la senne, et 
ceux présentant les conditions nécessaires á l'établis- 
soment de petits centres de peche, de salines, de sé- 
cher'ies et d'usines. 

En supposant que le voyage a térro de la Mission 
se fasse en remontant vers le N. E., uniquement au 
point de vue marin, le voyage de rotour pourrait étre 
mis a proñt pour proceder a Tétude des lagunes et 
de leur exploitation. 

Le personnel d'une telle Mission devrait étre com- 
posé de la fnoon suivante: 



- 13 — 

1.0 Un Chef do Missioii, dirigeant re\:pódilion, ayant 
déjá eñ'ectiié des iravaux du inome genre ou preparé 
a ees Iravaux; 

2.0 Une ou denx porsonncs familiarisées avec les 
proctuJés de üxation el de conservation des animaux 
niarins poui- i-ecueillir, aux fins de leur détermination 
scientificiue, les échantillons que raménerónt les di- 
vei'S engins utilisés; 

3.0 Un ou dcux marins connaissant la cote et les 
parages a cxplorer pour indiquei* les observations deja 
faites relativement au séjour des poissons aux diver- 
ses apoques de l'année, observations qui seront eon- 
trólées; 

4.0 Un marin connaissant le re tranchage » ou mé- 
thode de pi-éparation des poissons en vue du salage 
suivi de séchage; 

5.0 Deux patrons de peche connaissant la mantx'u- 
vre du fllet de M. Galcerán, ' ' seul íilet trainant qu'il 
soit possible actuellement d'avoir a sa disposition 
pour rexpérimentei'; 

6.0 Les niarins nécessaires pour armer une ou deux 
chaloupes qui se livreront á la peche avec les divers 
fllets, lignes, nasses, etc., mis en expérience; 

7.0 Un cuisinier capable de faire les diverses pré- 
pai'ations de poissons: poisson en conserves, en ft es- 
cabeche», conserves de crustacés, etc. 

Autant que possible ce cuisinier devra savoir sou- 
der, ce qui évitera la dépense d'un soudeur. 

Bateaux, engins de peche, Instruments, appareils 

Les cotes de Test de la R. O. de l'Uruguay, élant 
battues par une mer le plus souvent dure et ne pre- 
sentan t aucun port de refuge ou de ravitaillement, le 
batiment mis ;l la disposition du Chef de la Mission 
devra présenter de bonnes conditions de résistance 
et de navigation et posséder des soutes et réservoirs 
suttisants pour emporter le charbon et l'eau néces- 
saires a un voyage d'un mois. 

Le ñlet de M. Galcerán, nécessitant Temploi de 
deux vapeurs, son utilisation constante ne sera pos- 
sible qiravec deux bátiments répondant aux condi- 
tions precedentes. 

(1) Ci't onsiii. (U''SÍK"iH' soiis le nom do «bou » irest autre ijiio le «bn'uf» ou 
<'gran(l guangui » «les pr-clicurs de l;i Méditcrraiióf. 



— 14 — 

Comme instruments pour Tétuclo des fonds, la Mis- 
sion emportera diverses sondes, et une drague de 
dimensions réduites pouvan etre relevée a Ja main. 

Comme engins de peche en dehors dii fílet troinant, 
la Mission disposera de trémails, de filets dérivants, 
d'une senne, de une ou plusieurs nasses et des diver- 
ses ligues employées en Uruguay, en France, pour 
la peche d'Islande, aux lies Cañarles, etc. 

Une partie des échanlillons récoltés sera conser- 
vée pour leur étude scientifique. 

L'autre partie, de benucoup la plus considerable, 
sera préparée suivant diverses méthodes afin de dé- 
terminer cellos donnant le meilleur résultat. 

Le produit de la ou des derniéres peches sera 
analysé pour que soit connue sa va leur au point de 
vue (( engrais ». 

II sera embarqué, en meme temps que Teau et le 
charbon, une provisión de sel pour le salage des 
espéces se prétant a ce mode de préparation ; des 
barriques ou récipients de bois parfaitement étanches 
pour le salage; un cerlain nombre de caisses de fer 
blanc pour la conservation, apres fixation, des échan- 
tillons destines aux études scientifiques, ainsi que les 
ustensiles et boites métalliques nécessaires a la fa- 
brication des conserves. 

Pour le scchage, il sera établi une sécherie dans 
un licu approprié, sécherie construite suivant les prin- 
cipes qui régissent Tédiñcation de ce genre de bátiment 
dans les pays chauds. 

Ses caractéristiques poui*raient étre, par exemple: 
longueur, 5 m., largueur 3. 50, hauteur au faite, 5 
m., parois doubles. Une face avec jalousie pour régler 
la ventilation. Toit de chaume débordaiit et deux 
faux-plafonds incomplets. 

Les diverses observations, dont la nécessité a été 
précédemment indiquéc, seront i'éalisées au moyen 
des appareils suivants: 

Areómetro pour mesurer la salinité des eaux. 

Thermométres poní' les températures de l'air et 
de Teau a ht surfacc et au fond. 

Barómetro enregistreur pour Tobteníion déla courbe 
des variations de la pression atmosphérique. 

Anemómetro pour mesurer la vitessc du vent. 

Hygi'ométre, etc. 

Enfin la Mission sera pourvue des produits néces- 



— 15 — 

saires ;"i la fixation et la conservalion des types des- 
tines ii établir des collections et de deux appareils 
photographiqucs pour prendre les vues destinées ii 
ilkistreí- le compte-reiidu de ses travaux. 



Oroanisation d*une Mission 

Mons'ieui' le docleur Julián de la Hoz, qui occupait 
intérinement la haute cliai'ge de Ministre d'industries, 
travail et instruction publique, voulut bien faire fi no- 
tre projet Taccueil le plus favorable et mettre immé- 
diatement a l'elude les moyens d'en assurer la réali- 
sation. 

Aprés de múltiples démarches, dans le détail des- 
quelles il serait superñu d'entrer ici, il fallut se 
rendre a une évidence peu consolante: i I n'y avait, 
a Montevideo, aucun bátiment disponible répondant 
aux conditions iniposées par le travail á eñectuer 
et rien ne faisait pi'évoir que le projet de Mission, si 
sa réalisation était ajournée, put rtre repris plus tard. 

Fallait-il abandonner fidée de donner un essor 
nouveau á la peche? ' 

On n'y pensa pas un instant dans les hautes splié- 
res souvernenientales. Monsieur le Président de la 
République, docteur Claudio Williman, jugea au con- 
traii'e que Texécution des recherclies projetées devait 
avoir lieu aussi rapidement que possibíe, et ce que 
Tindustrie privée ne pouvait meíti'e ñ, notre disposi- 
tion fut tres airnablement et tres gracieuseinent offert 
par la marine nationale. 

Le <í 18 de Julio)\ splendide yacht-canonniére, fut 
mis par Monsieur le .Ministre de la marine, general 
Vázquez, a la disposition de monsieur le Ministre 
d'industries, travail et instruction publique. 

Mais les filets trainants, qu'il avait été possibíe de 
se procurer, exigeaient mi second vapeui'. 

Monsieur le \linistre des travaux publics, ingé- 
nieur J. P. Lamolle, offrit a son tour un de ses bati- 
ments á son collegue de 1' instruction publique. Le 
«Puerto Paloma» devait i-ejoindre le «18 de Julio» 
lorsque son concours serait nécesaire a une date et 
en un point íixés avant le départ. 

Monsieui' 1\ (xalcerán, directeur de Tentreprise do 
peche dont nous avons parlé précédemment, voulut 



• — 1() — 

bien mcttre a la disposition du gouvcrncment tous 
les engins nécessaires, (''tablissaiil méme a riiilentioii 
de rexpédition des palangres spéciaux. Et, pour dlri- 
ger les marins du «18 de Julio», il consentit ;i se 
priver du service de deux de ses milleurs patrons de 
peche pour toute la duive des recherclies. 

Monsieui' le Ministre d'instruction publique nous 
fit riionneur de nous conñ^i' la direction de la Mis- 
sion qui devait se rendre sur les cotes de l'Est. 

Sur notre croisiére et les travaux qui Tont suivie, 
nous avons adressé h Son Excelience Monsieur le 
Président de la Hépublique un i-apport (jue nous cro- 
yons devoir repi'Oduire, en partie, ici. 

II permettra non-seulement de se rendre compte 
des reclierches que nous avons effectuées, mais encoré 
d'appr(''cier Tabondance des poissons, crustacés et 
mollusques dont la capture est mentionnée chaqué 
jour et des obstacies qui se sont di'essés devant nous 
et contre lesquels aur'aient, plus encoré, á lutter les 
exploitations fulures si des mesures qui seront certai- 
nemcnt prises ne les faisaient en partie disparaitre. 



Travaux de la missíon 

Dans ce rapport, nous indiquons rapidement les 
travaux effectués, les résultats obtenus, les observa- 
tions faites, les conclusions auxquelles nous sommes 
arrivé apres examen de la question «peche», et les 
modifications ou créations qui, selon nous, seraient 
nécessaires pour donner ñ une industrie encoré un peu 
rudimentaire Tenvergure et Tessor spécial que favori- 
seront les conditions exceptionnellos du climat, les 
facilites particuliéres que reconlreront les entreprises 
futures et la richesse de la faune étudiée. 

Avant de commencer notre exposition, nous tenons 
a rcndi'í; un hommage mérito a la compétence, a la 
distinction, au dévouement mrme, avec lesquels Mes- 
sieurs le comandant du «18 de Julio» et ses officiers 
nous ont aidé durant nos recherches. 

Nous ne saurions assez diré combien nous avons 
été touché des soins dont nous avons été entouré et 
du concours que nous ont preté MM. le lieutenant- 
colonel B. Val verde, le lieutenant Lagomarcina et 
les sous-lieutenants Tagle, Cal vino et Kodi'íguez. 



— 17 — 

Nous sommes lieureux d'njoütei- que INIM. les ele- 
ves de TEcole iiavale iious ont apporté, á plusieurs 
repi-ises un pi'écieux concours eí ont aidé, de la meil- 
leui'e grace et avec leur enlrain juvénile, l'équipage 
du «18 de Julio» pour la releve de la «red de arras- 
tre» ou fliet trainant et la mana'uvre de la senne ou 
«red de playa». 

Nous devons une mention spéciale ñ M. Antonio 
Valvei'de, qui a été de toutes les sorties de peche 
effeetuées en dehors de ses heures de service. 

Chaqué fois que les circonstances Tont permis, le 
travail a commencé des le naatin pour se poursuivre 
Jusqu'au soir et, quelquefois, tres avant dans la nuit. 
Dans les travaux effectu(''s apres huit heures du, soir, 
Messieurs les officiers nous ont toujours accompasné 
ainsi que AI. A. Valverde, venant parfois de quitter la 
garde ou devant la prendre n notre retour, a minuit. 

Messieurs les offlciers - mécaniciens ont droit ñ de 
vifs éloges et a nos bien sinceres renaercieníients. L'o- 
bligation de trainer la «red de arrastre» á vitesse 
i'éduite, la dispropoi'tion existant entre les puissances 
respectives du «18 de Julio» et du « Puerto Paloma », 
la nécessité de maintenir les deux ailes du filet a la 
méme hauteur les ont obligés a un travail difficile. 
lis ont dü, pendant la peche, modifler constamment 
le régime de la machine qui travaillait avec le mí- 
nimum de vitesse. A plusieurs reprises, durant cha- 
qué coup de filet, Tadmission de vapeur devait éter 
réduite a tel point que le machine cessait de tour- 
ner. D'ou: nécessité d'augmenter Tadmission de va- 
peur, départ trop i-apide de la canonniéi'e et nouvelle 
obligation de diminuer la vitesse, entrainant un nou- 
vel arrét de la machine. 



Partie anecdotique 

Dans la matinée du 11 Janvier 1909, accompagné 
de notre adjudant, nous nous sommes rendu á bord 
de la canonniére «18 de Julio», sur laquelle s'étaient 
embarques, des la premiére heure, les patrons de 
peche, J. Rocatagliatta et V. Alzo, munis des engins 
de peche mis généreusement a notre disposition par 
M. Pedro Ga leerán. 

Les livres, instruments, réactifs nécessaires pour 



— 18 — 

recueillir et flxer, en vue de leur détermination scien- 
lifique, les divers échantillons de la faune marine» 
les caisses pour la préparalion du poisson salé, les 
boíles métalliques pour la préparation des conserves, 
directement envoyés au mole Maciel, furent immé- 
diatement embarques ainsi qu'une drague de tres pe- 
tites dimensions tres almablement prétée par le Di- 
j'ecteur du Musée natioual, M. le Professeur José 
Arechavaleta. 

Pour la partie photograpbique, nous étions pourvu 
d\in appareil '7is Qui nous est personnel, et de deux 
appareils a main 7i2 tres gracieusement prétés pour 
Ja dui-ée du voyage Tun pai' M. A. Danovaro, Tautre 
par la maison Lois et Cié. 

Enñn divers instruments de météorologie, mis a 
notre disposition par notre excelleiit collégue M. Mo- 
raiidi, Dii'octeur de la Station physico- climatologi- 
que, complétnient notre outillage scientifique. 

A bord du «18 de Julio» avaient été embarques le 
sel, rhuile et les condiments nécessaires, cVune part 
;i la préparation du poisson salé, d'autre part a la 
fabrication des consei-ves. 

Un(i sécherie pour le poisson salé, exécutéc sur 
nos plans et entiérement terminée avant notre départ, 
devait étre établie des notre retour, dans les dépen- 
dances de Fínstitut agronomiqne, á Sayngo, sur un 
emplacement choisi á l'avance. 

A 4 heures de Taprés-midi, nous quittions le port 
de Montevideo faisant route vers Test. 

Aprés un excellent voyage elfectué a vitesse réduite, 
vitesse que la brume obligea a diminuer encoré au 
lever du soleil, nous ai'rivámes en vue du cap Santa 
María. Pour nous procurer l'appát nécessaire a la pe- 
che, nous stoppámes a G h. 1/2 et une embarcation 
fut mise á la mer avec six marins et les deux pa- 
trons de peche pour tendré une piéce de trémail. Les 
eaux étant particuliérement claires, la peche fut peu 
ahondante. 

La capture des poissons destines á foui'nir Tappat 
pour les palangres s'eítectue, ordinairement, aprés le 
coucher du soleil et avant son lever. Les préparalifs 
du départ ayant fatigué Téquipage nous n'avions pas 
cru devoir lui imposer la peche de nuit. 

A 8 heures, nous faisions route vers le Cap Santa 
Maria et, a 10 heures, nous jetions Tañere dans Test 
du cap. La peche au palangre commencait aussitot. 



carxe: (SI a 




13 

14 



15 14 ^5 
16 14 



23 



23 




13 
13 14 14 

14 15 



15 

14 14 15 15 
14 .. 15 16 lí' 

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20 í''22 " ^^ Í,>J" 0,20^111*11 16 

,í ?/ 14iíi2 21 ^ 15 17 




24 22 I 13 



Escala ieTrcs Milla» Marinas 



24 

20 

27 

27 



22^"^ 
20 I 24 22 "^ 
23 16]3*1Í 26 25 

24 "'^,i^ 



25 



26 
26 



27 26 

27 



.¿1. 




■■^ 



Plan de la rade de Maldonado 



- 19 ~ 

Dans Taprós-midi, elle fut eft'ectaée a.vec les pa- 
langi'es, «el aparejo» 'J,' et les trémails. 

Cette premiere journée nous mit en possession de 
onze espéces de poissons, dout un splendide échanti- 
Ilon de «curbina negra», et nous permit de faire une 
obsei'vation intéressante, qu'il devait nous étre donné 
de répéter fréquemment au cours de notre voyage: 
c'est rinutilisaüon de 25 á 30 o/o des hamegons des 
palangres par suite de Tabondance d'étoiles de mer 
qui se fixent sur l'appát et, le dérobant á la vue des 
poissons, réduisent Teffet utile de l'engin dans l'énor- 
me proportion indiquée. 

Ajoutonsqu'un certain nombre de mollusques gasté- 
ropodes («caracoles» des pecheurs), ramones par 
le palangre, se flxent également sur Tappát mais, 
heureusement, dans une proportion beaucoup plus 
faible. 

A un cerlain nombre d'hamecons adhéraient des 
algues auxquelles étaient flxí'es des moules («meji- 
llones») dont la taille ne dépassait pas 2 cm. 5. 

Le 12, dans la matinée, nous fimes route vers le 
sud pour nous rendre sur le banc du «Cabezón» 
oü la peche fut effectuée, dans Taprés-midi, au mo- 
yen de palangres prepares spccialment pour travai- 
íler dans les grandes profondeurs. 

Mais le vent fraichissant et le barómetro baissant 
d'une facón persistante, ordre était donné aux pe- 
cheurs, tres peu de temps aprés qu'ils eurent posé 
les palangres, de rejolndre le bord et le «18 de Ju- 
lio» íit route vers «Punta del este». 

Durant la journée, nous avons traversé, á plusieurs 
reprises, de larges laches rougeátres formées par 
une infinité de petits corpúsculos que les marins 
afíii'ment étre des (i'ufs de poissons. 

L'examcn microscopique, pratiqué sur des échan- 
tillons recueillis dans des endroits tres différents, a 
montré que ees taches sont dues á la présence d'un 
nombre extrémement considerable de colonies d'al- 
gues, en forme de batonnet, appartenant au groupe 
des chlorophycées ou algues vertes. 

L'aspect rougeatre que présentent ees agglom<'ra- 

(l) El « ü parejo » ost une liR'iie trrs f'oiteiiicnt i)l()iiil)ée et inunie de deiix ou i)lu- 
.sieurs lianiei.'iins dont la R-rosseiir varié avec la taille du poissnii que l'on elierehe 
i» eaptureí-, elle rapelle la lis'u<' dont se sei\-ent les eauariens pour péehcr sur la 
eóte oeeideiitale d'AtViiiue et (|iril.- utiliseiit siut du liord de Icuvs g:oelettcs, soit de 
<-elüi des « lanelias". 



— 20 — 

tions cloit étre dú a la superposition cki veri des al- 
gues et du bleu de l'eau, les observations ayant été 
faites au moment du passage de la canonniéi-e sur 
des fonds de plus de vingt brasses. 

Le 13, á 7 heures 1/2 du matin, le «18 de Julio » 
prenait son mouillage entre «Punta del este» et 
l'ile Gori'iti. La mer de fond, un peu forte, et un 
vent violent du S. S. E. ne permettent pas i'emploi 
des trémails qui seraient entrainés a la derive. Les 
palangres sont places ¿i la pointe, prés des brisants. 

Dans raprés-rnidi, nous allons dnnncr quelques 
coups de scnne (red de playa), mais devons pren- 
dre de grandes précautions, car l'atterrissage est 
diíticile avec une baleiniere et plusieurs maríns doi- 
vent se mettre á l'eau pour redresser le batean que 
les vagues menacent de rouler sur le sable. 

Plusieurs coups de senne nous fournissent une 
quantilé assez considerable de « pejerreyes », dont 
quelques-uns de tres belle taille et quelques petits 
«anchoas» designes par les pécheurs sous le nom 
de «bureles» ou «anchoitas». 

La journée du lendemain est employée á Tétude de 
la plage et de la cote de Tile Gorriti. 

Les palangres, places dans le canal qui separe la 
plage de Tile et tendus de «Punta del este» á la 
pointe de l'ile Gorriti, fournissent une peche assez. 
ahondante, composée de poissons appartenant a onze 
especes différentes, avec prédominance marquée des 
« curbinas ». 

Les rochers de l'ile portent quelques mollusques 
tels que patelles, flssurelles, moules de petite taille 
et d'assez nombreux cirrhipédes du genre Balanus. 
Les pécheurs désignent sous le nom de «muelas» 
ees derniers animaux et sous celui de «lapas» les 
patelles et flssurelles. 

Nous observons un grand nombre de coquilles re- 
jetées á la plage par les vagues, coquilles de mol- 
lusques appartenant surtout au groupe des lamelli- 
branches: buitres, mouIcs, cardium, pectén, etc. Ces 
coquilles, et un certain nombre de dépouilles de 
gasterópodos, sont en assez mauvais état. 

Nous en ramassons cependant de nombr-eaux échan- 
tillons en choisissant les mieux conserves. 

Le peche au trémail, effectuée sur la cote de Tile, 
dans la partie interne, ne donne que peu de résul- 
tats. 



— 2\ — 

Dans le soiréc, nous nous renclons a Punta Ballena 
et, malgré un vent tros violent, une embarcation 
armée par les ofñciers et nous-méme peche prés de 
la cute jusqu'á minuit. Mais le courant, tres violent, 
entrainc rapidement «el aparejo» le relevant a une 
certaine distancc du fond et il nous faut regagner le 
bord sans capture. 

Une partió du poisson póché dans le journée est 
tranchée sur nos indicaiions et mise en saumure dans 
des caisses fabriquces pour cet usage. 

Le lendemain, dos la premióre heure, la péclie est 
tentóe a la plage et pros des rochers. A la plage les 
requins-marteaux sont tres abondants. Peu de pois- 
sons. La mer rejette sur le sable quelques mollus- 
ques lamcllibranches designóos par les pócheurs sous 
le nom de «almejas». 

L'insuccos de la peche au fllet peut otro attribué: 
d'une part á la traspai-ence excessive des eaux, d'autre 
part a l'abondance des requins et, enfln, aux regles 
encoré insufflsamment connues auxquelles obéissent 
les variations de l'abondance du poisson. La saison 
est-elie propice? La température, le vent, le courant, 
sont-ils favorables h la peche ^^ Autant d'inconnues 
que des observations suivies permettront de dóter- 
miner. 

Apros otre retournés a «Punta del este», nous 
póchons dans la nuit et quatre palangres seuíement 
raménent plus de quatre- vingts piéces aprés une, 
heure de pose. A noter que la chair de requin donne 
comme appát, des résultats tres inférieurs a ceux 
obtenus avec la «lacha». 

Une nasse en fü de fer ne ramone aucun poisson 
mais de tros nombreux échinodermes («estrellas de 
mar »). 

La journée du dimanche est mauvaise. Le vent et 
la mer nous mettent dans T imposibilité de pécher, 
tant avec le «palangre» qu'avec le trémail ou la 
«red de playa ». 

La mer ótant un peu basse, nous en proñtons pour 
faire, en compagnie de notre adjudant et du sous- 
lieutenent Rodríguez, une excursión dans les rochers. 
Les moules y existent en quantité considerable, for- 
mant un ví'rítable tapis. Mais la plupart de ees mol- 
lusques sont de taille rí'duite. De ci, de la, on aper- 
coit des échantillons plus grands. En retournant les 



22 — 

piei'res nous trouvons de beaux exemplaires ct il nous 
est facilo d'en rainasser rapidcnient un grand nom- 
bre. 

Fixées a des morceaux de roche, se rencontrent des 
buitres de taillo réduite, de forme assez i-éguHére et 
dont le goút rappelle, celui de l'iiuitre connue en 
France sous le nom de « buitre portugaisew. 

En dehors des moules et des buitres, la faune est 
composée par des patelles, des balanes tres nom- 
breuses, (luekiues annélides, actinies el des crabes de 
d i m e n s i o n s r é d u i tes . 

Dans raprés-midi, protitant d'une diminution dans 
l'intensité du vent, nous pécbons au moyen de la 
«red de playa» avec le méme résultat que les jours 
précédents. 

Des renseignements recueillis sur place il résulte- 
rait C|ue la pecbe est beaucoup plus frucieuse en liiver 
qu'en etc. 

Le vapcur a Puerto Paloma», du Ministére des tra- 
vaux publics, arrive dans la soirée. 

Le temps devient mauvais, le ciel est sillonné de 
nombrcux éclairs et le «18 de Julio» doit clianger de 
mouillage pour se mettre a l'abri de Tile Gorriti. 

Dans la nuit, le vent fraicbit encoré plus. Le 18 au 
matin il est impossible de songer a pi-endre la mer 
avec le «Puerto Paloma», d'autant moins que la ma- 
nceuvre du fllet trainant, particulici'cment pénible par 
beau temps, serait impossible avec une mer aussi 
agitce. 

Le soir, les trémails, i'elevés au bout de deux 
beures de pose, ramenent une enorme quanuté de 
«lachas», de nombreuses «palometas» et des moules 
d'assez grande taille, auxquelles adherent quelques 
coquilles dMiuitres. 

Dans la nuit, le temps étant un peu moins mauvais, 
le «18 de Julio», remorquant le «Puerto Paloma», fait 
route au S. puis E \u N-E. 

Le 19 au matin, la «red de arrastre» esl mise a l'eau 
une premiere ibis, pour régler son íbnctionnemcnt et 
étudier sa mand'uvre, dans Tanse précédent le phare 
de José Ignacio par 13 brasses de fond, avec vent O- 
S- O assez faible, mer calme, houle de fond, et eaux 
tres cía i res. 

Aprcs avoir été trainé prés de deux beures, le fllet 
est relevé ramenant des « lachas», des « palometas» et 
d'assez nombreuses méduses. 



— 23 — 

Le poisson rainoaó a oté captui'é pros d(^ la super- 
ficie. Le filet n'a pas da allerau tbnil. Neuf, il est en- 
coré trop léger. En dehors du poids riue va lui faire 
acquérir son imprégnation d'eau, il y aura lieu de 
diminuer le nomijre des liéges, d'augmenter celui des 
plomijs a la partie inférieui'e et de réduire la vitesse 
des vapeurs, en les maintenant á une distance moindre 
que duranl le pi^emier essai. 

Ces modifications exécutées, le ñlet est mis a l'eau 
dans fapres-midi a2 lieures par 19 brasses Vi d'eau, 
la sonde indique: fond de sable et vase. Vent E-S-E. 
Mer calme nvec faible houle de fond. 

Au bout de dcux heures environ, le fllet est relevé. 
II a encoré peché a une profondeur insuffisante. II á 
dii, cependant, toucher le fond, car il raméne des es- 
péces se lenant sur le sable; mais durant peu de temps,. 
peut-étre seulement au déparí ou au moment de la 
releve. 

De retour ñ Punta del este, nous faisons tendré les 
palangres en utilisant comme appát diverses espéces 
de poissons capturées le matin et des «lachas» de 
la veille consérveos par Temploi d'un sel de soude. 

En relevant les palangres, les pécheurs constatent 
que ceux amorcés avec de la «lacha» fraiche sont, 
comme i! fallait s'y attendre, ceux qui. dans le cas 
de l'emploi de poisson frais, ont capturé le plus grand 
nombre de poisson. La «lacha» conservée a donné, 
selon les pécheui-s, des résultats supérieurs a ceux 
de la «lacha» fraiche. 

Parmi les poissons captures, les «brótalas » domi- 
nent comme nombre, viennent ensuite les «pescadi- 
llas», puis les «congrios» et les «curbinas». 

Les petits squales, designes sous le nom de «ca- 
zones», sont, comme toujoui-s, tres nombreux. 

Le "20 janvier souflle un tres fort vent d'E-N-E. 

Impossible d'aller au large utiliser le fllet trainant, 
impossible méme, le matin a 4 heures, de poser les 
trémails et les palangres. 

Le «18 de Julio» va mouilleí' non loin du mole de 
Cávalo et nous descendons ñ terre pour nous rendre 
compte de ce que peut donner la «red de playa» 
sur cette partie de la cote. 

Nous capturons, soit a droite, soit a gauche du 
mole, des «pejerreyes». Les mulets (lisas) sont abon- 
dants mais ne se laissent pas capturer facilement. 



- 24 - 

Un haut-fond qui se trouve a quelque distance de la 
plage, sur toute la cute, rend difflcile remploi de la 
senne. 

L'aprés-midi est employé a explorer la cote avec 
le méme engin, entre le mole Cávalo et Punta del 
este. Le filet raméne de nombreux « pejerreyes )\ 
«anchoítas», etc., au milieu desquels nous trouvons 
quelques «sardinas» et un poisson de petite taille, 
que les pecheurs disent ne pas connaitre. 

Le soir, le «18 de Julio» reprend son mouillage ii 
Punta del este et les palangres, tendus de 8 heures 
á 10 heures, fournissent une peche ahondante. Les 
«brótulas», en grand nombre, sont de tres belle taille 
et la «pescadilía)) domine. 

La peche de nuit, avec la ligne plombée, effectuée 
du bord, donne des «curbinas» et des «pescadillas» 
en assez grande quantité ainsi que des «pargos», mais 
moins nombreux. 

Dans la matinée du 21, nous partons vers Test 
pour utiliser la «red de arrastre» mais par de faibles 
profondeurs, les patrons de peche insistant sur la 
convenance quMl y a <á ne pas travailler avec plus de 
6 á 8 brasses de fond. 

L'engin est mis a Teau a 8 heures en face de Tem- 
bouchure de l'arroyo San Carlos. Le relevement du 
point de mise á l'eau est ;\ 3 millos '/o de Tile Lobos, 
a 1 mille 'A environ de la cote. La sonde indique: 
fond de sable fin et une profondeur de 10 brasses \/¿. 

Le vent souffle de Test, un peu fi-ais, avec une ten- 
dance a fraichir davantage. Ciel clair, mer risée. Le 
courant porte a Touest, la mer baisse légérement. 

La «red de arrastre» est rolevée a 10 heures. Le 
poisson capturé est cxcessivement abondant. La poche 
du filet, que doit maintenir fermée une couture faite 
avec une corde de grosseur moyenne, est ramonee 
ouverte. Peut-etre la corde a-t-elle été rompue par 
un requin cherchant a happer un poisson emmaillé? 
Peut-étre le fait est-il dii a une négligence des pe- 
cheurs ayant oublié de nouer solidement la couture^^ 

De toute facón c'est la une circonstance heureusc 
car, si la poche avait été pleine, il eút été absolument 
impossible de relever Tengin. 

Malgré cette ouverture (qui n'intéresse qu'une tres 
faible partie de la face supérieure) le poids du pois- 
son capturé dépasse trois tonnes. 



o^ 



Les individus qui ne sont pas maillés (donl la tete 
n'est pas engagée dans les mailles du fllet) sont ra- 
menés parfaitement vivants et, tres nombreux, sont 
ceux qui parviennent a fuir pendant la releve de l'engin. 

Cette releve est particulierement pénible. Malgré 
le nombre des marins qui y emploient toutes leurs 
forces et auxquels se joignent les cadets de TEcole 
navale, malgré Tétai remarquablement favorable de 
la mer, il faut un travail enorme pour ramener les 
alies du filet sur le «18 de Julio» et le «Puerto Pa- 
loma )) respectivement et, ensuite, la poche le long du 
bord du « Puerto Paloma-w sur lequel se termine la 
mand 'uvre. 

Puis il faut un temps considerable pour faire passer 
les poissons captures de la poche du ñlet sur le pont 
du vapeur, opération effeciuée par un patrón pécheur 
s'aidant d'une grande cuiller faiteen fllet («salabardo»). 

Les espéces captúreos sont relativement nombreu- 
ses et tres abendantes. Les «pescadillas», qui domi- 
nent, sont de taille moyenne; les « cui'binas », qui vien- 
nent ensuite comme importance, sont tres belles. Les 
rales sont ahondantes et appartiennent a trois espé- 
ces diftérentes, Tune d'elles atteint une taille consi- 
derable. Les « chuchos » sont, comme dans toutes les 
peches, nombreux; les requins appartiennent á trois 
espéces et quelques-uns, notamment les requins-mar- 
teaux, atleignent une taille qui les rend dangereux a 
bord et plusieurs sont rejetés a la mer. 

Les «brótulas» sont de belles dimensions et nous 
notons, pour la premiére fois, la présence, parmi les 
espéces captúreos, du «pez sable» ou «pez espada» 
representé par plusieurs exemplaires, 

Enñn les crustacés et moUusques, designes par les 
marins sous les noms généraux de «cangrejos» et 
«caracoles» forment un lot important auquel sont 
joints quelques échinodermes («estrellas de mar»). 

Les opérations de peche une fois terminées, le «18 
de Julio» et le «Puerto Paloma)^ reprennent la route 
de Punta del este. 

Tout Taprés-midi est cmployé au tranchage, lavage 
et salage des «pescadillas» et des «curbinas». Pour 
evite r que le poisson ne se décompose, il est néces- 
saire de proceder rapidement et, quelques marins 
seulement ayanl acquis la pratique du tranchage te! 
qu'il s'effectue a Terre-Neuve, avcc le Commandant 



— -20 — 

et les offlciers nous noiis joignons a eux. L'aprés-midi 
entier est consacré a ees opéraiions et, le soir, étaiit 
donné la fatigue de tous, la peche de nuit n'a pas lieu. 

Les patmns de peche sont d'ailleurs immobilisés par 
la préparation du fiiet pour la peche du lendemain. 

Le 22, en effet, d("'s la prcmiere heure, commen- 
cent les préparatifs pour un coup de ñlet adonner entre 
Tile Gorriti et la cute. 

A 7 heures 'A l'engin est mis ¿i l'eau, le a 18 de 
Julio» et le «Puerto Paloma» commencent le haiage. 
Vent N-N-E'. Fond de sable fln. Profondeur de Teau, 
5 a 6 brasses. Ciel pui-, mer á peine risée et sans 
houle. 

L'opération est conduite, comme toujours, avec la 
plus grande prudence; les deux bateaux surveillant 
réciproquement leur marche, les ordres (par coups 
de sifflet) partant du «Puerto Paloma». Au bout de 
peu de temps, nous remarquons, du 18 de Julio, que 
le «Puerto Paloma» n'avance pas, bien que son hé- 
lice batte «enavant». Puis, brusquement, il se remet 
en marche, gagnant rapidement sur la canonniere, 

Ls C;\blc que nous remorquons est a peine tendu 
et, apres avoir stoppé la machine, nous le ramenons 
avec quelques lamlDcaux du fllet. 

Le «Puerto Paloma», de son cote, ne ramene éga- 
lement que les dóbris de l'aile qu'il trainait. 

Revenant en anúere et croisant sur le point oü 
était approximativement la poche au moment de la 
rupture, 11 retrouve les deux bouées attachées a la 
partie postérieure du fllet, partie qu'il est possible de 
ramener sur le vapeur aprés des efforts enormes et 
plusieurs tentativos infructueuses. 

L'engin semble accroché au fond et on remonte 
avec lui quelques débris de bois portant des plaques 
de cuivre dont le peu d'épaisseur íait supposer que 
ce sont la les restes d'une embarcation de faibles 
dimensions. 

Aux lambeaux du ñlet ramones sur le «18 de Julio» 
adhéraient deux longs morceaux de cable d'acier de 
la grosseur d'un crayon ordinaire, sur lesquels étaient 
fixées des coquilles d' buitres et quelques moules. 

Le Commandant Yalverde passe, avec nous, sur le 
«Puerto Paloma» et, pendant plus d\ine heure, nous 
essayons de retrouveí^ Tobjet qui a pu arrcter le fllet. 
Avec la sonde como avec le grappin il est impossible 



de rieii découvrir, inalgrc la mctliode parfaite avec 
laquelle sont conduiles les recherclies. 

Par prudence, lo Commandant Val verde fait mouil- 
]ev une bouée, faite d'iiii baril métallique de peinture, 
afín de signaler le parage oü s'est produit l'accident. 

Durant Tapies -midi, nous nous livrons á la peche 
aiix palangres avec le meme succes qu'au cours des 
précf'dentcs opérations. 

Le 23 au matin, le cinquiéme essai de fllet trainant 
est tenté dans le S-0 du Cap «Santa jMaría». L'en- 
gin est mis á Teau a 6 lieures '/.j en maintenant la 
route au voisinage de la cute, car le fond augmente 
nssez rapidcment, passant de 8 á 10 brasses, á la 
cote, á 15 brasses á quclques milles seulement de 
cette derniere. L'engin est mis á l'eau i'iar 11 brasses 
de fond sur un sol de sable grossier et coquillier. 

i\u bout de quelque temps de marche parallélement 
á la cute dans la direction cap Santa iMaría: cap José 
Ignacio, lé filet, dont les cables accusent un frotte- 
ment tres dur sur le fond, est relevé rompu sur les 
parties laterales et avec la partie inférieure endomma- 
gée. Les plombs du cable inférieur sont rayes profon- 
dément, comme si le fllet avait trainé sur de la i'oche 

U est possible que la conche de sable grossier et 
coquilliei' n'ait que tres peu d'épaisseur et recouvre 
une roche gréseuse a gros éléments. 

L'emploi d'instruments spéciaux, qu'il a malheureu- 
sement été impossible de se procurer á Montevideo, 
nous aurait renseigné á cet <''gard. ^ 

Les parages olí a éte donné le coup de fllet parais- 
sent extrémement riches car la partie postérieure de 
l'engin renfermait deja un grand nombre de poissons 
flns. 

Nous faisons poser quatrt^ palangres qui, releves 
au bout de moins d'une heure, fournissent un rende- 
ment important en ^(brúlulas)), magniflques, «curbi- 
nas», etc. . 

Les deux vapeurs se dirigent ensuite vers «Punta 
del este» oü nous employons Taprés-midi en péchant 
avec les «palangres» et les ti'émails. 

Enfln, le 24 au malin, aprés une excursión á terre 
pour examiner l'emplacement oíi des installations 
avaient éir, (Hablies, il y a plusieurs années, par une 
entreprise ayant en vue l'exploiíation de salines arti- 
ficielles, le «18 de Julio» leve Tañere faisant route 
vers «Puerto inglés». 



- 28 - 

L'aprés-micli est consacré a, des recherches sur la 
plage et une visite á ce qui j-este (Fuñe ancienne sa- 
line située a une faible clistance de la maison de 
la douane. 

Cette installation, tres rudimentaire, n'aurait pas 
donné de resultáis par suite du nnancjue d'étanchéité 
des bassins d'évaporation. 

L'excursion nous donne roccasion de constaíer 
(comme nous l'avons fait a Punta Ballena) l'exis- 
tence, dans les excavations des roches, de cristal li- 
sations de sel parfaitement blanc. 

La peche, effectuée avec six palangres, donne un 
excellent résultal. Les poissons les plus remarqua- 
bles sont les « brótulas » tres nonnbreuses et de tres 
belle taille, les « curbinas », etc. 

Enfin dans la nuit du 24 au 25, a une heure du 
matin, nous faisions route vers Montevideo. 

Des notre arrivée, nous nous sommes occupé de 
faire transporter, du «18 de Julio» ¿i notre labora- 
toire de l'lnstitut agronomique, a Sayago, le maté- 
riel de la Mission. 

Le charpentier recevait immédiatement l'ordre d'ins- 
taller, dans les dépendances de l'lnstitut agronomique, 
la sécherie a poissons préparée avant notre départ. 

L'installation de ce bátiment, retarclée par des 
piules, s'est effectuée sous notre direction et, grace 
aux précautions prises, nous n'avons eu aucune mo- 
dification á y apporter. 

Géographie, hydrographie, climatologle, etc. 

Dans ce rápido travail, nous laisserons de cóté la 
géographie et riiydrographie et ne dirons que quel- 
ques mots sur le climat. 

L'Uruguay, situé géographiquement entre les 30^5 
et 35o de latitude Sud et les 50° Id et 60^45' de lon- 
gitude ouest du méridien de Paris, est place dans la 
zone tempérée. Les chaleu rs excessives y sont in- 
connues et ce n'est que rarement et pour quelques 
heures que le thermométre baisse au-dessous de 0°. ^ 

Selon les observations s'étendant de 1893 á 1897, 
la moyenne actuelle est de IGM. 

Le tablea u suivant donne une idee des variations 
de la températui'e durant l'année: 



- 29 — 

i Décembre 21^09 

Eté 21^91 Janvier 22'^82 

f Février 22"01 

í Mars 2O052 

Autonine .... IC^'SS Avril 16»12 

( Mai 12048 

1 Juin 9«78 

Hiver 10'>18 .¡ Jnillct 9''90 

( Aoíit 10«87 

í Septembre .... 12°28 

Printemps .... 15"17 | Octobre 14°69 

( Novembre 18°5o 

Les conditions excessivement favorables du climat 
expliquent le faible pourcentage de la mortalité qui 
est de 14 «/oo ¿i Montevideo, tandis que i'on releve 
15 0/00 ¿i Buenos Aires ; 16 «/oo a Rio de Janeiro, a 
Berne, á Londres; 18 «/oo ¿i Paris; 19 o/oo h Rome, 
Berlin et á la Havane; 20 «/oo á Washington; 23 o/oo 
en Irlande; 25 o oo á Saint -Pétersbourg; 27 o/oo ¿i Ma- 
drid; 32 0/00 a México; 34 « oo a Lima et 41 o/oo a Val- 
paraiso. 

11 y a lieu d'ajouter que la vie sur le littoral est plus 
agréable que dans l'intérieur de la Rí'publique, l'océan 
jouant le role d'un puissant régulatcur de tempéra- 
ture. 

Au point de vue des facilites de la navigation, il 
faut faire remarquer que la moyenne des jours de 
brume ou de pluie est inférieure a celle de beaucoup 
d'autres pays et tres éloignée de celle des des para- 
ges de peche les plus fréquentés. 

La réduction du nombre des jours de pluie est 
particulierement intéressante au point de vue de la 
pn'paration du poisson séché. 

11 pleut en moyenne 70 jours par an, tandis qu'a 
Madrid le nombre s'éleve a 85, a 88 a Rio Janeiro; 
139 a Sidney; 144 á Vienne, etc. 

La température et la pluie créent done en Uruguay 
des conditions beaucoup plus favorables qu'en France, 
Angleterre, Italie, Espagne, Autriche et Allemagne. 

Au point de vue de la peche, il y a lieu de cóm- 
plétcr les cartes actuelles, dont les indications sur 
la nature des fonds sont absolument insuftlsantes. 
Enfin, en ce qui concerne plus particulierement les 
approches des ports existants ou en projet, il serait 



- 30 - 

important de publier les résultats tros intércssants 
des recherches pai'tielles eftectuées par rOfficine hy- 
drographique du Ministére des traveaux publics. 



Poissons, crustacés et mollusqties 

PoissoNS, — Nous donnerons ici la liste é peii pres 
complete des poissons coniius de pccheurs. Durant 
notre croisiére qui a été tres limitée au point de vue 
«temps» comme au point de vue (cétendue» le nom- 
bre des espéces de poissons captures a été de tron- 
te-cinq, tout au moins en prenant leur désignation 
vulgaire, le nom que leur donnent les pécheurs. 

Scientifiquement ce nombre doit étre tres sensi- 
blement supérieur, un méme nom vulgaire désignant 
souvent plusieurs espéces nettement distinctes ce qui 
a lieu, par exemple, pour les mulets ou «lisas», les 
raies ou w rayas)), les requins ou «tiburones)), etc. 

Dans Ténumération des espéces de la faune marine, 
nous avons adopté Tordre alphabétique et non la 
classiflcation par familles. L'exposition est ainsi beau- 
coup plus claire pour les premiers intéressés, c'est-á 
diré les pécheurs. 

En ce qui concerne la profondeur á laquclle sont 
pécliées les diverses espéces, nous croyons devoir 
rappeler qu'á part de tres rares exceptions, que nous 
signalons, elle est comprise entre quatre et dix bras- 
ses. 

Jusq'á l'époque de notre Mission il n'avait pas été 
peché á une plus grande profondeur. x\u cours de la 
partie anecdotique nous donnons, d'ailleurs, les son- 
des des endroits sur lesquels ont été faits les divers 
«lans» de filet trainant et sur lesquels nous avons 
utilisé les palangres. 

Anchoa. — Deux espéces appartenant á deux genres 
dif'férents sont désignées pai* les pécheurs sous le 
nom d'anchoa. Ce/^sont le Pomatoinas saltatriüc (L.) 
dont la forme jeüne est désignée sous le nom de 
«bu reí)) et le Stolephoi-u>i olidus (Gthr.) dont la forme 
jeune est connue sous le nom de «anchoíta)). 

L'espéce la plus commune est la premiére. L'an- 
choa est tres abondant pendant toute Tannée et plus 
spécialement durant les mois de mai et de juin, On 



- 31 - 

le peche plus particulierement avec le írémail et sa 
chair est tres reclierchée á Tctat frais. II peut four- 
nir la matiere premiere cVexcel lente conserve. 

L'anchoa s'est montré peu abonclant au cours de 
nos travaux de recherches efí'ectués d'ailleurs en de- 
hors de la période d'abondance de cette espéce. II n'y 
a pas lieu de s'en étonner car certaines années ce 
poisson est tres rare et cela a précisément été le cas 
durant la premiere moitié de 1909. 

Anchoíta.— Nom donné a la forme jeune du Sto- 
lephofiis olidas (Gthr.). 

í\ngel. — Squafifia sqiicUina (L.). — Ce poisson est * 

connu en Europe sous le nom de «ange demer». 
On le rencontre toute l'année sur la cote de Tocéan, 
par des fonds de dix brasses et au-dessus et de 
préférence sur un sol sableux. 

On le capture surtout avec les fllets trainants, quel- 
quetois avec le trémail et le^ pécheurs se plaignent 
de son abondance. II n'est pas, en effet,^ utilisable 
dans Tétat actuel de Tindustrie de la peche en Uru- 
guay. Sa peau peut servir de papier a polir. 

Arenque. — Cliipea maderensis (Low.). — Ce poisson 
a été assez peu fréquemment peché et toujour en tres 
petite quanlité. 

Bagre de MAn.— TachyíU'ds barbas (Lacep.). — Les r 
jeunes de cette espéce sont designes, lorsqu'ils ne de- 
passent pas 15 á 20 centimétres, sous le nom de «mo- 
chuelos». 

Le bagre est capturé toute Tannée, par des profon- 
deurs de trois á vingt brasses et sur des fonds de 
vase. 

Non-seulement on le peche en mer mais aussi en 
eau saumatre. II est capturé plus spécialemente soit 
avec les lignes de fond soit avec les «palangres»" 
Quelques exemplaires atteignent une tres belle taille. 

Classé comme poisson ordinaire, parmi les pois- 
sons consommés á Tétat frais, il se préte parfaite- 
ment au salage et au séchage. En conserve, il simule 
assez exactement le thon. C'est d'ailleurs sous ce 
nom que certains revendeurs l'oñrent méme a Tétat 
frais. 



J 



— 32 — 
Son abondance relative en fait un type intéressant. 

Bagre sapo. — PorichtJujs porosissimiis (C, V.). — 
Cette espéce qui s'est montrée pea ahondante au 
cours de notre croisiére n'ost jamáis représentée que 
par de peu nombreux (-^chantillons. Elle n'a done que 
peu dMntéi'ét. 

Le P, porosissimuíi présenterait des phénoménes de 
phosphorescence qu'il ne nous a pas élé donné d'ob- 
server. 

Besugo. — Pagras pagras (L.). — Voir Pargo colo- 
rado. 

Bandurria. — Rldnobatds ¡)arceUens (Walb.). — Voir 
Guitarra. 

Bonito. — Sarda sarda (Bloch,). — Cette espéce peu 
ahondante n'apparait sur la cote qu'á certaines épo- 
ques. Nous í\en avons capturé aucun exemplaire. Sa 
peche exige soit Temploi de fllets d'une étendue con- 
siderable, non utilisés en Uruguay, soit celui de la 
ligne de surface ou «curricán» trainée par des voiliers 
rapides. Le ((bonito» natteint jamáis de grandes di- 
mensions. II se préterait á la fabrication de conserves 
s'il était plus ahondant. 

Brota. — Uroplujcis brasiliensis ( Caup.).— Voir Brü- 

TULA. 

Brótula. — UropJujcis brasiliensis (Caup). — Poisson 
tres fin et relativement ahondant pendant toute Tannée 
et plus sp(ícialement durant le mois de Juin. 

II se tient sur les fonds de vase et se péchait avec 
le «palangre» et la ligne de fond avant l'emploi du 
ñlet traínant. Les amorces qui donnent le meilleur ré- 
suliat sont, comme pour presque tous les autres pois- 
sons captareis a l'aide de Thamecon: la «lacha», le 
congre et le crahe. 

Excellente a Tétat frais, la «brótula» peut servir a 
la préparation de tres honnes conserves. C'est une des 
espéces les plus appréciées et les plus recherchées 
tant a Montevideo qu'a Buenos Aires. 

BuREL. — Pomatomus saltatrix (L.). — Forme jeune 
d'une des espéces désignées sous le nom d' «anchoa». 



Pl. 1 




Fig. 1. — Pescaililla de red. — Sac/eiüchthi/s ancyclodon (Bl.) 




Fig. 2. —Bonito. — Sf'rrfn mrría (Bl. ) 




Fig. 3. — I>acha. — Cliijiea pi'Ctinala ( Jen. ) 



- 33 - 

BuuRiQUETA. — Sciaena adusta (Ag.). — Espéce re- 
cherchée mais peu ahondante durant la majeiire partie 
de Tannée. C'est seulement en hiver qu'on la capture 
en certaine quantité. 

Caballa. — Scomber scombrus (L.). — Cette espéce se 
tient surtout au large et ce n'est que lorsque les gros 
temps l'obligent ii chercher un refuge i\ la cote qu'elle 
penetre dans la zone de peche, c'est-;\-dire par des 
íbnds de trois á dix hrasses. Parfois meme elle re- 
monte dans le Rio de la Plata, mais jamáis en grande 
quantité. 

C'est plus spécialment en hiver qu'on la capture, 
soit avec la ligne de surface, soit au trémail ou a l'aide 
des filéis trainants. 

Elle est considérée comme un poisson fln. 

Cagavino. — StroniateijiS macalatus fC. V.) — Pois- 
son relativement peu abondant, sauf á Tentrée de l'hi- 
ver. On le peche indifféremment sur des fonds de 
sable ou de vase et c'est au trémail qu'on le capture. 

De faible valeur comestible, il serait toxique toute 
l'année, au diré de certains marins. 

Comme sa chair est tres grasse on pourrait en ti- 
rer un certain parti pour la fabrication de la graisse 
de poisson. 

Cazón. — Galeas canis (Mitch.).— Le «cazón» est la 
forme jeune d'une espéce qui, adulto, est désignée 
avec un certain nombre d'autres sous le nom de «ti- 
burón». 

Le Galeas canis est toujours abondant. Au cours 
de notre croisiérc, nous en avons capturé de tres 
nombreux exemplaires et cela avec tous les engins 
utilisés, qu'il s'agisse de la ligne de fond ou du trémail, 
du palangre ou du fllet trainant employ(''S a la plago 
ou par de grands fonds. L'aire de distribution de cette 
espéce est considerable. On la renconire dans le Rio 
de la Plata et elle penetre jusqu'a l'extréme limite 
des eaux saumátres, presque en eau douce. 

La présence de tres nombreux «cazones» est une 
des causes qui réduisent dans de grandes propor- 
tions l'efficacité du palangre dont ils arrachent ou 
inutilisent un grand nombre d'hamecons. 



— 34 — 

CllMsclUTo.—Pín[/{iipesfa■'<ciat!/.^^.(Jen.)—Ce poisson, 
peu abondant, a unechair ti'L'S délicatc qui en fait une 
des especes les plus recherchées. 

On le capture en petit noinbi-e durant toute Tannée 
mais plus spécialement en hiver et sur des fonds de 
sable. 

Au cours de nutre croisiere nous n'en avons peché 
que tres peu et durant les derniers jours. 

Chucho. — Deux especcs appartenant á des genres 
ti'és différents sont désignées par les pécheui's sous 
le nom de «chucho». Ce sont le Dasybatis pa>itinaca 
L. rclativement peu abondanl el le MijliobatU aqalla 
L. representé dans les captures par de nombreux 
échantillons. Ces poissons sont designes en Europe 
sous le nom «d'aigles de mei"». 

Assez fréquemnnent les lypes de cette derniére es- 
péce présentent deux épines a la partie postí'rieure 
du corps. Les pécheurs prétendent que lorsqu'ils sont 
arrivés i\ l'état adulte ces poissons perdent tous les 
ans cette épine qui serait remplacée par une nouvelle. 
La persistance de l'épine de Tannée precedente cliez 
les sujets examines expliquei\ait la pr(''sence de ces 
deux appareils de défense. Les «chuclios» sont beau- 
coup trop abondants au diré des pécheurs. Nous avons 
pu constater au cours de nos traveux qu'ils le sont 
au moins assez pour faire perdre beaucoup de temps 
au moment de la i^eléve des engins. 

Le senne, le fllet trainant en ramenaient de nom- 
breux exemplaires comme aussi les palangres. 

Leur épine, en forme de scie, pouvant causer des 
blessures que Tambiance de propretí' ti-és relative 
dans laquelle se meuvent les pécheurs peut rendre 
tres graves, il est absolument nécessaire de couper 
l'épine avant' de jeter Tanimal parmi les captures. 

La chair du « chucho » n'est que médiocrement 
appréciée, mais les exemplaires captui'és n'en sont 
pas moins portes sui^ le marché. 

Congrio. — Lepfuccphaliix con/jer (L.) — Le congre est 
capturé assez fréquemment mais jamáis en tres grande 
quantité. 

Au cours de notre séjour sur la cote de Test, nous 
en avons peché á peu prés chaqué jour et la plupart 
étaient de tres belle laille. 



Pl. 2 




Fig. 4.—'V-Amhor. — La¡nir,'¡i/i(ihi.-< laecinatus (L.) 




Fig. 5. — Lisrt.^-1/"í/'/ hrasHifus/s (Ag. ) 




Fig. 6.— Pejerrey. —.4?civ'/í/'-/í///.'/N ro„ii'riiia (O. V.) 



- 35 - 

C'est plus spécialement, ¿i peu pros uniquement 
ílovrions-nous diré, avec les palangres, que se cap- 
ture le congre. II présenle de nombreuses variations 
dans la coloration de la pariie dorsale du corps qui 
passe du gris clair au bleu et au' noir. Les nage(3ires 
ont une couleur uniforme et sont ornees d'ondulations 
noires. 

Le congre est tres apprécié á l'état frais et rangé 
dans la classe des poissons íins. 

On le conserve en le faisant sécher a Tombre et 
sans salage préalable. 

Preparé en «escabeche», il fournit une excellente 
conserve. 

Congrio real. — Percophis brasUiends (Q. C.) — Cette 
espéce, que Ton capture pendant toute l'année, mais 
jamáis en tres grande abondance, se peche a Tha- 
megon ou au ñlet trainant plus particuliérement sur 
les fonds de sable. 

Pendant nolre Mission nous avons eu Toccasion d'en 
voir de tres nombreux exemplaires, quelque-uns de 
belle taille. On connait des échantillons qui atteignent 
70 ceiitimétres. 

Le «congrio real» est consideré comme espéce de- 
mi -flne et se consommé a l'état frais. 

Cornuda.- Splujrna ludes (Cuv.). — Confondu par 
quelques auteurs avec le S^ygeiía, ce squale, designé 
aussi sous le nom de «peA martillo», est tres abon- 
dant le long de la cote que nous avons explorée et se 
rencontre également au large. A plusieurs reprises 
les poissons échappés du filet trainant au moment de 
la releve de Tengin étaient poursuivis par des requins- 
marleaux de grande taille. 

A la plage cette espéce s'est montrée particuliére- 
ment ahondante et nous avons eu Toccasion d'en cap- 
turer avec tous les engins utilisés. 

La ligné de fond en a ramené tres souvent, plus 
spécialement dans les peches eífectuées du bord du 
«18 de Julioo autour duquel rodaient ees voraces ani- 
maux. 

Sur la plage située n. Touest de Punta Ballena dans 
un seul coup de senne dix-sept sont restes dans les 
maules de Tengin. 



y 



— 30 — 

CüíiBALO ou Córvalo. — ParalonchuniA brnsíliensis — 
Steind. — Cette espece, dont Taspect rappelle un peu 
celui de la « burriqueta », a une taille généralement 
supérieure a quinze centimétres. On la capture dui'ant 
toute l'année a la plage. Elle posséde une chair de 
bonne qualité mais est peu connue. 

On la peche mélangée a la ((pescadilla de red». 

^ Corvina ou Cijrbina blanca. — Mlcropogon npercii- 

Uiris (Q. G.) — La «curbina» blanche ou commune 
est extrémement abondante et cela durant toute Tan- 
née. C'est probablement a son abondance qu'elle doit 
de n'étre classée que pormi les poissons ordinaires. 
Elle constitue, avec une espéce que nous indiquerons 
plus loin, la (q^escadilla », la majeure partie des pro- 
duits de la peche. 

Elle est généralement consommée fraiche mais se 
préte parfaitement — au moins les beaux exemplalres 
— ;i la préparation de poisson salé et séché. 

Les jeunes sont designes sous le nom de « ronca- 
deras» parce que, au moment de leur sortic de Teau 
et durant un certain temps, ils font éntendre un ron- 
fíement tres net. 

Au sujet du I)ruit produit par ees poissons, men- 
tionnons que, selon les pécheurs, la<(curbina negra», 
dont nous allons parler, ferait éntendre ce ronMement 
dans l'eau et ¿i plusieurs reprises nos patrons de pe- 
che nous ont dit percevoir, au-dessous de l'embarca- 
tion dans laquelle nous péchions, des ronflements in- 
diquant, á n'en pas douter un seul instant, la présence 
sui' le fond de «curbinas negras». 

Ce bruit est, il faut le rappeler, (''galemcnt attribué 
aux «maigres». • 

(// CuRBiNA NLGRA, — Pocjonicu cjJLrornis (L.) — Les jen- 

/ ncs de cette espéce sont designes sous le nom de 
«criolla». Ce^sont deja de tres beaux poissons. La 
«curbina negra», en eífet, pent atteindre une taille et 
un poids considerables. Nous en avons capturé des 
échantillons dépassant un métre de longueur. 

Elle vit non-seulement en eau salee, mais encoré 
en eau saumátre et on la capture parfois en grand 
nombre dans les canaux intermittents qui établissent 
une communication entre la mer et certaines lagu- 
nes, ainsi qu'a l'embouchure de certains ruisscaux. 



Pl. 3 




Fig. 7. — Sardina. — LycengrauUs yrossidens (Ag. ) 




Fig. 8. — Congrio real. — Percophis brasiliensis (Q. G. ) 




Fig. 9. — Lenguiído. — P((ía//(7///íi/s brasH/ensis (Jord.) 



- 37 - 

Elle se prétc admirablcmont á la préparation de 
poisson sec traite comme la morue. 

EspxDx (Pez). — Trie /lia ras leptaras. L. — Yoir Pez 

SABLE. 

Gallo (Pez).— Callori/nchas callorync/ias. L. — Ce 
poisson rappellela «palometa» et, comme elle, cons- 
titue un ariicle de qualité inférieure. 

II peut atteindre 70 á 80 centimetres de long. 

Gatufe ü Gxtuso. — Galeas canis. Mitcli.— Voir Ca- 
zón. 

GmTA\n\\. — Rhinobat as percellens. Walb. — Cette 
espéce doit son nom, comme ceux de «bandurria» 
et de «mandolín» sous lesquels elle est également 
désignée á sa forme qiii rappelle ees divers instru- 
ments de musique. 

Comme le «pez ángel», la «guitarra» se peche toute 
Tannée et particulicrement au-dessus des fonds sa- 

bleux. 
Son abondance est moindre que celle du Sfjaaíina 

snaatina. 

Le R. percellens vit non-seulement en eau salee 
mais encoré en eau saumatre et penetre dans le Rio 
de la Plata jusqu'a Buenos Aires. 

Lacha. — Deux espéces principalement constituent 
les bañes de «lacha» captures par les pécheurs 
pour leur servir d'appat dans la peche aux palan- 
gres. 

L'une la Clupea pect incita (Jen.) est ahondante 
surtout pendant la saison froide et, bien qu'elle pe- 
netre dans le Rio de la Plata, ne parait pas dépasser 
l'eau saumátre; l'autre. la Breooortia ¿grannas (La- 
trobe) est pai'fois tres ahondante ét penetre tres 
avant dans le Río de la Plata :oli on en a capture 
jusqu'en tace de Belgrano. , -, i 

' La «lacha» est surtout capturée a 1 aide du tre- 
mad mais on en peche parfois d'importantes quanti- 
tés avec le fllet traínant. Au cours de nos travaux 
nos engins en ont ramené plusieurs fois d'impor- 
tantes quantités. 

Peut- etre, dans ce cas, le poisson avait-il éte cap- 



- 38 - 

turé au moment de la mise a. l'eau oii durant la re- 
leve. 

La (( lacha» présente, pour les pécheurs au « palan- 
gre», une importance considerable car c'cst elle qui, 
durant la majeure partie de l'année donne, comme 
amorce, les meilleurs résultats. 

De son abondance et de sa fraicheur dépend le 
succés de la peche a Thamecon. Nous disons de sa 
fraicheur car sa chair s'altére malheureusement tres 
vite, «passe» comme disent les marins et alors ne 
« peche» plus. 

Nous avons signalé la possibilité de lui conserver 
pendant plusieurs jour ses propriétés et pensons 
pouvoir arriver a une solution industrielle ( c'est-á-dire 
bon marché ) du pr-obléme. 

Lenguado. — Plusieurs espéces de pleuronectes sont 
désignées sous le nom de «lenguado» par les pécheui's. 

Celle qui se montre la plus abondante.est la l^cralich- 
thys brasiliensls (Ranz.) qui atteint jusqu'a un métre de 
longueur. On nous a signalé un exemplaire de cette 
espéce capturé prés du pontón de La Panela, á l'ouest 
de Montevideo, qui pesait, parait-il, quarante-quatre 
kilos. 

Les échantillons de trente et quarante centimétres 
ne sont pas rm-es parmi les captures qui, il faut bien 
le diré, ne sont pas tres nombreuses. 

Une espéce tres voisine le Paralichthyspatagonicus 
(Jord^est péchée un peu moins fréquemment que la 
precedente dont elle se distingue par les dents plus 
petites, les yeux plus rapprochés et le corps pointillé 
ele taches bruñes. Les nageoires pectorales sont ornees 
de bandes transversales noires. 

Les «lenguados» se capturent sur les fondsdevase; 
les pécheurs prétendent ne pas en avoir rencontré 
sur les fonds de sable, (i) 

C est au trémail quMls les péchent. II va sans diré 
que les fliets trainants en opéreront la capture mieux 
encoré. 

Les «lenguados» que nous avons peches durant no- 
tre Mission étaient de taille plutót réduite et il oe nous 
a pas été donné de voir un des superbes exemplaires 
auxquels nons faisons allusion précédemment. 

(1) Mentionnons qui, suivant ropinion (riiu ciipitrtiiie, pe sorait au coutraire 
sur les l'oiuls (le sable que se caiitureraicut les << lens'uados» do grande taille. 



Pl. 4 




Flg. 10. ~C;i<;-aviiio. — .S7/-0/noíe»s miifíitlatus (C. V.) 




Fig. II. — Bun-iqueta. — 5c;ae;i« adusta (Ag.) 





-^lililí iffTPy II J|^^^r>. 




Fig. I2.-Pcsc;ulilla. _6'.í//í'Jsc/o;í sh-intits (C. V 



(C. Y.) 



- 39 — 

Ces poissons sont tres bons consommés á IVHat írais 
et sonl consideres comme flns. 

Peul-étre pourrait-oii tenter avcc succcs la fabri- 
catioii de fllets au vin blanc si recherchés en Europe. 

LiSA.-Deuxespéces de Mugil, le M. brasi.liensis (Ag.) 
et le M. platanus (Gthr.) sont connues sous le nom 
vLilgaire de «lisa». 

Les pécheurs désignent sous le nom dc«lisabogo- 
na» lesexemplaires de li'és grande taille. Nousavons 
capturé les deux espéces sus-mentionnées et de tres 
beaux échantillons de «bogonas». 

La peche de la «lisa» est rendue particuliérement 
difficile par l'extréme agilité et la puissance muscu- 
larie qui lui permettent de franchir, avec une remar- 
quable facilité, la partie supérieure du Irémail ou de 
la senne. 

L'unique engin permettant sa capture un peu aisee 
est le trémail véritable (trémail de «tres paños» des 
pécheurs uruguayens) dont la disposition, génant les 
mouvements du ' poisson, paralyse les efforts qu il 
peut faire pour fuir. 

Encoré devons-nous ajouter que, méme avec ce nlet, 
nombreux sont les indiv'idus qui parviennent a échap- 
per á la capture. 

La «lisa» peut encoré étre capturée a la canne etde 
nombreux pécheurs, appartenant aux classes peu 
aisées se la procurent avec cet engin, utihsant un 
grappin au-dessus duquel ils placent, fixé au corps 
de la ligue, soii de la viande crue, soit des boulettes 
de mié de pain. 

Mais la lisa > est tres peu appréciée et, sur les ta- 
bleaux de tarif des poissons, c'est tout juste si elle 
figure á la fin de Ténumération des poissons communs, 
avant la foule anonyme que renferment les: etc, etc. 

A notre avis ces espéces méritent beaucoup mieux 
que leur actuelle réputation et, bien préparées, quoique 
tres simplement, constituent un mets des plus fins 
auquel, en Europe, on rend d'ailleurs justice. 

A l'heure actuelle on consommé, dans la classe ou- 
vriére une tres faible quantité de ces poissons á 1 état 
frais. 

Luna.- Mola mola (L.) — Nous signalons ce poisson 
uniquement ;i cause de la capture qui fut faite prés 



— 40 — 

de l'iie Lobos clans les premiers mois de 1909. L'exem- 
plaire qui a figuré sur le marché de Montevideo ne 
pesait pas moins de cent-cinquante kilos et mesu- 
rait deux mélres de longueui* sur un métre cinquanie 
de haiiteur. Ce n'est d'ailleurs qu'á de tres longs in- 
tervalles qu'on sígnale sur la cote des poissons-lunes 
isolés. 

M.\'SDOiA2^.-~Rhinobataspe/xellens (Wal.)— Voii' Pez 

GUITARRA. 

Martillo. — Sphyrna tildes — Yoir Cornuda. 

Merlo óMerí.üza. —Mez-lnciíis Gayi (.Guich.)— Cette 
espéce, excessivement recherchée et classée connme 
extra-fine, est relativennent rare ou tout au moins parait 
rarement sur le mar-ché. II y a á cela une explication 
tres simple: jusqu a Theure actuelle les pécheurs tra- 
vaillaient rarement pai* des fonds supérieurs á dix 
brasses. Or la a merluza» est presque toujours péchée 
sur des fonds de vingt brasses et au-desus. C'estsur 
un sol de vase qu'on la rencontre et cela a peu prés 
pendant toute l'année. 

La < merluza » se consommé a Tétat frais. 

Mero. — Dans les endroits rocheux, on capture trois 
espéces U Epinephelas gigas Bi'un; /'Acanti.st/iinspata- 
goniciis Jen^et I' A. b/'asilianiis C. V. que Ton con- 
fond sous la dénomination de «mero^>. 

Ces poissons sont assez abondants durant toute 
l'année et sont tres appréciés, ils sont rangés parmi 
les poissons extra- fins. Ils constitueraient un type 
tres intéressant tant pour la consommation á l'état 
frais que í)our la préparation de poisson salé s'ils 
étaient plus nombreux et surtout de plus grande taille. 
Ils sont loin; tres loin d'atteindre les dimensión des 
magnifiques exemplaires que nous avons eu l'occasion 
de préparer sur la cote occidentale d'xA frique et qui 
fournissaient, aprés salage et séchage, un produit pou- 
vant avantageusement étre comparé á la morue. 

Ce n'est que rarement qu'on capture des individus 
de grande taille et en tres petit nombre. 

Nata. — Stroinateas para (L.) — Cette espéce, assez 
abondante, est classée parmi les poissons fins. 



Pl. 5 




Fig. 1 3. — Mero. — Epinrphnhis ijiijiix ( Bruu. ) 




Fig. 14. — Bnítiihi. — rrop/t.í/c¿.s brasiliennis (Kaup. ) 




Fig. 15. — Pámpano. - T>-ac/iinotux ¡ilaunm fBl.) 



— 41 — 

Palo (pez). — Percophis brasilieiiAis (Q. G.) — Voir 
Congrio riíal. 

Palomrta. — Paraná ciguata (Yen.) — La «palome- v 
taw cst ahondante pendant toute Tannée et, a certai- 
nes époques, on en peche des quantités enormes. Elle 
atteint une taille relátivement considerable et il existe 
des individus mesurant jusqu'a 45 centimétres de lon- 
gueur sur 18 cm de largeur. 

C'est un poisson commun, consommé cependant en 
assez grande abondance soit frais, soit en salaison. 
Ce mode de conservation est, parait-il, cclui qui lui 
conviendrait le mieux. 

Etant donnc la qualití' de la chair de la «palo- 
meta» excessivement chargée de substances grasses 
et son abondance, cette espéce est particuliérement 
intéressante au point de vue de la fabrication de 
graisse de poisson. 

Sa capture s'opére plus spécialement avec le tre- 
mad, mais, ainsi que nous Tavons indique pour la 
«lacha» et probabiement pour les memes raisons, 
les filets trainants en raménent parfois dMmportan- 
tes quanlités, comme nous avons pu le constater 
nous- méme. 

Pámpano. — Trachinotiis rjlancus (Bl.)— Le «pám- ^ 
paño» est une espéce d'excellente qualité, considérée 
comme fine, mais peu ahondante. C'est surtout á Tétat 
jeune, quand les individus sont designes sous le nom 
de «pampanitos» qu'elle est recherchée. 

Au cours de notre séjour sur les cotes de l'Esl, 
nous n'en avons capturé que des exemplaires peu 
nombreux. iNous devons ajouter qu'ils étaient de tres 
belle laille. 

Parco rlanco. — Umbrina Cannsal (Berg.) — Cette "^ 
excellente espéce appartient au groupe des poissons, 
consideres gastronomiquement comnrie extra-fins. 

On n'en capture pas de tres grandes quantités. 

Sa taille ne dépasse guére trente -deux centimétres. 

Parco colorado.— Pa/y/v/.^^ parjrus (L.) — Le «par- 
go colorado», dc^signé aussi sous le nom de ((besugo» 
est également tres recherché et classé parmi les es- 
péces extra- fines. 



— 42 - 

II vit plus au lapgé que le «pargo blanco» et sur 
des fouds de sable. C'est a I'aide de rhamecon et 
du trémail qu'on pratique sa peche et il se moiitre 
plus particuliérement abondant ii Tentrée de l'hiver. 
Pendant Tautre partie de Tannée on le peche avec 
assez de fréquence et en nombre assez considerable. 

Pkjerrey. — Atherinichtliys romerina (C. V.) et au- 
tres espéces. 

Comme son nom Tindique, le « pejerrey)) est consi- 
deré comme un des premiei-s parmi les poissons de 
la faune marine, mais probablement a cause de son 
abondance, on ne le classe cependant que parmi 
ceux de qualité fine. 

On ne le peche en abondance pendant toute l'année 
et sur les fonds les plus variés prés de la cote. 

Consommé a Tétat frais, ou conservé en «escabe- 
che)), il constitue un aliment tres recherché. Les gour- 
mets l'apprécient particuliérement quand il est pelit, 
en friture, ou, lorsqu'il mesure a peine quelques cen- 
timétres, en omelette. 

La destruction véritablement barbare que Ton on 
fait a soulevé de tous temps les protestations des 
gens prévoyants qui déplorent la persécution pour 
ainsi diré méthodique d'une espéce de grande valeur. 

Au cours de notre travail nous reviendrons sur 
cetté destruction. 

Pejerrey Manilas ó de Malvinas.— .4^e/-m/t7¿?A//.s' 
microlepirlotüs. (Yen.)— Cette espéce de 'ctn-ps plus 
élancé que la precedente a une chair plus dure mais 
sa taille est benucoup plus réduite, elle ne dépasse 
pas quinze á dix-sept centimétres et penetre dans les 
eaux saumátres. 

Aux espéces sus-mentionnées nous croyons devoir 
ajouter une espéce nouvelle créée par Berg l'Ateri- 
niclithys plateada et une espéce rencontrée en pPtit 
nombre prés de Tile Flores VA. laticíaoia (C. V.) 

La capture des pejeri'eyes s'effectue a peu prés 
uniquement au moyen de ía senne qui nous a domié, 
á plusieurs reprises, un rendement tres intéressant. 

Malheureusemente les bañes de sable qui existent 
en divers points, á une faible distance de la plage, 
rendent parfois la mancruvre de Tengin difticile. 

De plus l'accés des plages est peu commode pour 



— 43 — 

les embarcations a quille et l'existence de ees bañes 
le long de la cóle ajoute encoré aux diíticultés de 
l'atterrissage que la mancjeuvre de la senne impose 
cependant d'une maniere absolue. 

La difflculté pourrait étre lournce par Temploi d'em- 
barcations analogues soit aux pirogues des cotes 
africaines soit mieux, aux «pinasses» du bassin 
d'Arcachon (France). 

Pescadilla común. — Cynoscio striatas (C. Y.)— S'il ^ 

est une espéce appelée á frapi^íév par son abondance 
Tobservateur qui visite les marches et l'explorateur 
qui eftectue des recherches c'est bien certainement le 
((pescadilla». 

Ce poisson est de si bonne qualité que son extreme 
abondance n'a pu lui faire perdre sa vogue; tout au 
plus l'a-t-elle fait ranger parmi les poissons com- 
muns. 

On le capture pendant toute Tannée en quantités 
considerables pour peu que l'on peche par quelques 
brasses de fond. 

A une faible distance de la plage en eaux peu 
profondes, prés des enrochements ou au large tou- 
jours on fait de nombreuses captures. CVest, avec la 
((curbina», Tespéce la plus abondante. 

Mentionnons que le máximum d'abondance est, en 
été, constat(3 durant les mois de janvier et de février 
et, en hiver, pendant ceux de juiílet et aoút. 

La ((pescadilla» constitue la majeiíre partie du pro- 
duit de la peche au palangre; avec la ligne de fond 
armée de deux ou trois hamecons on en charge par- 
fois des embarcations; le trémail en raméne un grand 
nombre et, des fllets trainants elle compose les trois 
quarts des captures. 

(Nous répétons que ees observations sont relatives 
¿\ l'étendue de cote que nous avons étudiée en janvier 
1909.) 

PESCADn.LA DF, RED. — Scigeiiícht liiji^ ancyclodon (Bl.) 
— La «pescadilla de red» et non de ((rey», comme 
nous l'avons parfois vu écrit, est relativement peu 
abondante et tres recherchée; elle atteint souvent des 
prix eleves. 

On la capture pendant toute Tannée et a peu prés 
sur tous les fonds. 



— 44 — 

Comme llnclique son nom vulgaire cette espéco est 
péchée ¿\ Taide des filets, noLis en avons recueilli tant 
avec le trémail qu'avec le fllet trainant. 

Siíínalons qa'on designe aussi sous le nom de «pes- 
i^adilla de red» une reunión de petits poissons, plus 
spécialcmcnt d'anchoitas, de pejerreyes, de sardinas, 
etc. 

Piy,TA.RP,o}o.~— Se;/ ll¿o/-¡iin((s c/dnensis ( Guich ). — \'oii* 

TiBUHÓN. 

Rata ou Ratón ou Ratona. — Eigenmanía viresceas 
(Val). — Cette espéce, classée comme fine, est extré- 
ment rare. On la capture a toutes les époques de 
Tannée, soit avec l'hamecon soit avec le filet trainant. 

Elle est consommée íi Tétat frais. 

/ Raya común— De nombreuses espécesdu genre Raja 

sont pechées sur les cotes de 1' Uruguay et connues 
vulgairement sous le nom de «rayas». 

La plus ordinaire ou «raya común» est la Raja 
platanu (Gthr.). C'est celle que Ton capture en plus 
grande quantité et qui atteint les plus grandes dimen- 
sions. Certains exemplaires mesureut Jusqu'á un me- 
tre d'envergure. Le bord antéi'o lateral est sinueux. 

La Roja m.icr()¡)s présente un bec beaucoup plus 
court que celui de Tspéce precedente. 

La Raja Agassizí (M. H.) est assez communément 
capturée. Certains de échantillons recueillis présen- 
tent des épines sur certa ines parties du corps. 

Leur couleur est parfois d'un gris uniforme. D'au- 
tres fois on observe des taches bi'unatres, verdátres 
ou bleuátres. 

Enfin la Raja eléctrica, DUcopyge Tscliudii (Heck) 
se rencontre sur les fouds de vase. 

Les raies sont des poissons de íbnd que nous n'a- 
vons gucre captures qu'á une assez grande distance 
de la cote au moyen du filet trainant. 

Pour les raisons que nous exposerons plus loin 
nous les considérons comme particuliérement inté- 
ressantes au point de vue industriel. 

Comme poissons de consommation elles sont clas- 
sées dans la catégorie des cí poissons communs». 

Rumo. — Prioaotm^ panctatiis (L.) — Ce poisson est 



Pl. 6 




Fig. 16. — líayfi. — /?(yo cujassizi (M. II.) 




Fig. 17.— Curbina criolla. — Poí^o/í/íí.s cliromis ( L. ) 



\ 



X 



'^j¿f 




Fig. 18. -Clnu'ho. — .>/'///o'x(//.s aquila ( L. 



- 45 — 

curieux par sa forme qui rappclle celle du «gron- 
din» des cotes de l'océan européen. II se tient dans 
les endroit rocheux et se capture n, peu prés unique- 
ment avec les palangres. On le peche, assez fréquem- 
ment pendant toute rannée. L'aniorce pi'éférée est la 
chair de la «lacha» ou celle du «congrio». Rarement 
les «rubios», qui ñgurent parmi les espéces fines, 
atteignent de grandes dinnensions. Les exemplaires 
que nous avons eus sous les yeux étaient nacme de 
taille relativement réduite. 

Sabí.e {pyiz).~ Tt'ichiarns lepíiiras (L.) — Cette es- 
péce doit son nom vulgaire á ce qu'elle figure assez 
exactement une lanne d'épée. Elle est tres peu ahon- 
dante. 

Au cours de nos ti'avaux nous l'avons capturée une 
seule fois, ainsi que nous en avons fait mention dans 
la partie anccdoiique de ce travail. Les exemplaires 
recueillis ont une longueur supérieure a un nriéti-e. 
C'est avec le filet traínant que cette espece a été 
pechée. Elle parait dénuée de tout intéret industriel. 

Sarda. — Carcharías atnericaaus (Shaw). — Voir Ti- 
burón. 

Sardina. — Lycenfjraidís grossideiis (Ag.) — Le nom 
de «sardina» sert a désigner non seuleinent les jeu- 
nes de certains espéces mais encoré le L. grossidens 
qui figure parfois en assez grande abondance sur 
le marché de Montevideo et sur celui de Buenos 
Aires. 

Pendant notre croisiere nous n'avons capturé qu'un 
tres petit nombre de ce que nous nommerons la «sar- 
(line vraie» des cotes uruguayennes. La présence de 
ees quelques i'eprésentants de l'espéce et Tabondance 
des captures ii certaines époques parait indiquer que 
la cute est fréquentée par des bañes dont il serait du 
plus haut intéret de déterminer Timportance, la route, 
l'époque d'apparition, etc. 

Sargo. — Diplodus arcfenteas (C. V.) — Le «sargo», 
qui est une espéce extra- fine, vit surtout dans les 
pierres et on le capture sur les fonds rocheux pen- 
dant toute Tannée. Les filets trainants en raménent 
parfois et tres rarement le trémail lorsqu'on l'utilise 



V 



^y 



- 46 - 

i\ la cote. C'est avec la canne ¿i peche et dans les 
remous que Ton capture le «sargo». 

Pour s'en procui-er d'importantes quanlités il fau- 
drait utiliser l'épervier (atarraya ou esparavel), engin 
inconnu en Uruguay ou du moins non ernployée par 
les pécheurs de la cote. 

Dans de telles conditions le «sargo» reste un pois- 
son recherché á la fois pour la qualité de sa chair 
et pour la difíiculté qu'il y a a s'en procurer. 

Tambor. — Lagocephcdas levigatiis (L.) — Ce poisson 
présente la particularité de gonfler son abdomen 
quand on le gratte á sa sortie de l'eau. II est suffisam- 
ment abondant pour causer de sérieux ennuis au pé- 
cheurs. Gráce á son bec tres tranchant il coupe avec 
une extreme facilit*'' les avancons sur lesquels sont 
flxés les hamecons. 

On le peche indiíféremment sur les fonds de sable 
et sur ceux de vase. Sa longueur varié entre vingt- 
cinq et trente ceiitimétres. 

Nous croyons devoir rappeler qu'au printemps, 
c'est-ii-dire au moment du trais, sa chair peut étre 
nocive et que Ton agit prudemment en s'abstenant 
soigneusement de le consommer. 

Tapaculo. — Symphuni.'i plagasia (Bloch.) — A la 
liste des divers «lenguados» que nous avons précé- 
demment sígnales nous devons ajouter le Sijm/)/i({rus 
pUiffusia que Ton capture sur les fonds de sable á la 
plage. II ne dépasse pas vingt centimetres de lon- 
gueur. 

Tiburón. — Sous le nom de «tibui-ón» qui correspond 
au nom (Vaneáis «requin» sont gi'oupées plusieurs 
espéces de squales dont certains sont également nom- 
mées «pintarrojo», «sarda», etc. 

En premier lieu nous devons signaler le «tiburón» 
véritable Carcharías americanas (Sharf), qui est ex- 
trément rare; puis le «tiburón» commun de l'Atlan- 
tique Galeor/iini/s galeas (L.) et enfln l'espéce pré- 
cédemment mentionnée sous le nom de «pintarrojo», 
le Scyliioi-hinas chinensis (Guich). 

Les espéces communes de requins sont ahondan- 
tes, beaucoup trop ahondantes méme et cela depuis 
la cote jusqu'aux endroit les plus au large oú nous 
nous sommes livré ¿i la peche. 



Pl. 7 




Fig. 19. — (^ahiiii.ir. — /,t)/í<rt, gp (/) 




Flg. 2C.-('imi:;río. — L,'¡>lücep/i(,l,is conyer (L.) 




Fig. 2t. — IVz Síllilr. — r/7V/,/,„.„^, ¡,-pl,rrifs ( L. ) 




Fig. 22.-Aiiclioa. — Po 



maío/mfs laltaíricc (L. ) 



— 47 — 

Sans constituer un danger pour les pécheurs pru-^ 
dents, ce n'en sont pas moins des hótes tres désa- 
gréables, détruisant une grande quantité des poissons 
pris aux palangres, se laissant rarement capturer car 
ils rompent les avaiicons et parfois meme le corps 
du palangre. 

Quatid ees engins restent plus d\ine heure au fond, 
on raméne des quantités d'avancons qui portent, ad- 
liérant á Thamer-on, la tete seule de poissons que des 
requins ont presque coniplctement devores aprés leur 
capture et nous avons constaté que ce sont presque 
toujours les poissons flns, les «bi'ótulas» plus parti- 
culiérement, que choisissent ees voraces animaux. 

II nous avait deja été donné, sur le littoral afri- 
cain, de constater á quel point la présence de ees 
squales peut étre un obstacle pour la peche au mo- 
yen de Thamecon. Nous avions méme dú renoncer 
rapidement ñ, Femploi, dans les mémes conditions 
qu'a Terre-Neuve, des lignes a morue dont nous 
étions pourvu. 

Nous n'ajouterons rien ñ la réputation qu'ont ees 
terribles squales de poursuivre d'une maniere achar- 
née leur proie, allant jusqu'á sauter hors de Teau, en 
mentionnant quVi plusieurs reprises des poissons ont 
été arrachés du palangre a quelques centimétres de 
la main du pécheur qui en effectuait la releve. 

Euñn la proportion des hamecons et avancons en- 
levés ou coupés s'éléve fréquemment au-dessus de 
30 o/o, ce qui constitue une perte sensible et oblige 
les pécheurs á un travail considerable, entre deux 
poses de palangres, pour remettre leurs engins en 
état ou les conlraint a remettre á Teau des engins 
dont reffet utile est réduit dans une enorme propor- 
tion. 

Volador (pez). — E.vocoetus orbifiniíamis (C. V.) — 
Nous signalons, en terminant, cette espéce, qui est 
dépourvue de tout intéret industriel, parce qu'elle a été 
capturée a diverses reprises au large de ÁJaldonado. 

A cette liste nous devons ajouter deux espéces que, 
faute d'ouvragés scientifiques, il ne nous a pas été 
possible de déterminer et que tous les marins et pé- 
cheurs auxquels nous les avons présentées nous ont 
dit ne pas connaitre. 



- 48 - 

lis soDt, d'ailleurs, ele faible taille; Tespece la plus 
abonclante n'est répresentée que par quelques exem- 
plaires, et de l'autre nous n'avons recueilli qu\in seul 
échantillon. lis paraissent done peu iiitéressanis au 
point de vue industiiel, tout au m(3ins directemcnt. 



^rustacés 

Les crustacés captures on été peu nombreux et ne 
présentent que peu d'intérét inmédiat. 

Ce sont surtout des «cangrejos)) appartenant a di- 
vers genres parmi lesquels nous n'en pouvons signa- 
1er aucun comme abondant ou de gi'ande taille. 

Mentionnons que nous n'avons pas peché un seul 
«camai'ón)). 



Mollusques 

Les niollusques, que les pécheurs englobent dans 
la terme general de «nna riscos)), sont beaucoup plus 
nombreux que les ci'uslacés et cette classe se mon- 
tre particuliérement intéressante. 

D'un tres grand nombre d'espéces il ne nous a été 
possible de recueillir que les coquilles rejetées sur 
les diverses plages par la mer. 

Mais nous avons pu rencontrer un grand nombre 
de moules (mejillones) de taille marchande et deux 
autres espéces de lamellibranches, desígneos vulgai- 
rement sous le nom de «almejas»). Leur taille et le 
goút tres fin de leur chair en fon.t des articles inté- 
ressants, susceptibles de devenir tres recherchés lors- 
qu'ils seront connus et appréciés. 

Sur les rochers qui avoisinent le batiment de la 
douane, a Punta del este, sont flxées des buitres a 
chair tres ferme et d'un goút rappelant celui des bui- 
tres désignées en Europe sous le nom ((d'luiitrcs 
portugaises». 

La présence de ees buitres, Texistence de coquil- 
les grandes et parfaiíement réguliéres rejetées par 
les flots démontrent la possibilité d'él^ver cet inté- 
i'essant mollusque, pour la consommation duquel la 
Répubüque Oi'ientale de TUruguay et la République 
Argentino — soit dit en passant— sont encoré absolu- 



— 49 — 

ment tributaircs de Tétranger, du Brésil plus parti- 
culiérement. 

Enfin, un mollusque dont la présence doil étre sig- 
nalée d'un facón spéciale — car si on le rencontrait 
en quantilé sa capture scrait des plus intéressantes — 
est le «calamar)) dont le filet trainant a ramené quel- 
ques exennplaires vivants et nullement endommagés 
malgré une tres réelle fragilité. 

Plüsieurs espéces de Gasterópodos, d'assez gran- 
des dimensions, on été cgalement ramenés soit par 
la «red de arrastre)) soit par les palangres. Les pé- 
cheurs les désignent sous le nom general de «cara- 
coles)). 

En descendant róchelle zoologique, nous devons 
signaler des échinodermes designes sous le nom vul- 
gaire d' «estrellas)) qui, tres souvent, se fixent sur 
l'appát des palangres, en tres grand nombre, cachant 
la «carnada)) et lui enlevant ainsi toute utilité. 

Les méduses («aguas vivas)) des pécheurs) se sont 
montrées particuliérement ahondantes et, ceci, a peu 
prés sur toute la cote. Les ti'émails ont été parí'ois 
releves littéralement chargés de ees organismes, d'as- 
pect gélatineux, dont le contact determine souvent 
une tres vive urtication. 

Pour torminer, rappelons enfin la rencontre précé- 
demment mcntionnée dans les divers déplacements 
du «18 de Julio)), et plus spécialement au large, de 
grandes taches de couleur rougeátre, constituées par 
des algues vertes et non por des (joufs de poissons, 
comme il en existe la croyance dans l'esprit de la 
plupart des marins. 

Nous n'avons rien dit ici des «loups» marins dont 
plüsieurs étaient de fldéles compagnons. . . au mo- 
ment de la releve du filet trainant. 

Nous nous proposons d'en faire ultérieurcment Tob- 
jet d\me étude spéciale. 



Peche 

Nous ne décrirons ici aucun des genres de peche 
auxquels nous nous sommes livré et dont l'exposi- 
tion dépasserait la cadre de ce travail. 



~ 50 — 

Rappelons seulement que nous avons utilisé: 

a ) La canne á peche. 

b) L'engin connu sous le noni de «aparejo» et qui 
est une ligne h deux ou plusieurs hamecons tres for- 
tement plombée. 

c) Les faux-trémails ou trémails d'une seule nappe 
de fllet (a moyennes et grandes maules), 

(I ) La senne ou (c red de playa ». 

e) La «red de arrastre» connue sous le nom de 
«bou» (boeuf ou grand gangui des pécheurs de la 
Méditerranée). 

/) La nasse en fil de fer. 



Qualité du polsson 

Les diverses espéces capturées ont figuré chaqué 
jour, et parfois aux deux repas, sur la table du Com- 
mandant afin que nous puissions nous faire une idee 
exacto de la valeur comestible des poissons á l'état 
frais. Chaqué espece a été accomodée de facons tres 
différentes par le cuisinier du bord. 

Nous devons reconnaitre que tous les poissons, 
meme ceux qui jouissent de peu de faveur (la lisa, 
la palometa) auprés des consommateurs de Monte- 
video, ont été trouvés excellents. 

Quelques espéces, désignées sous le nom d'espéces 
fines: «l'anchoa», la «brótula», le «pcámpano», le «pe- 
jerrey», etc., sont véritablement dignes du renom 
dont el les jouissent. 

Prepares en «escabeche», r«anchoa», la «brótula» 
fournissent un excellent produit. 

Les quelques conserves qu'il a été possible de pré- 
parer a bord, malgré les difficultés résultant du dé- 
faut de stabilité du bátiment et de Tabsence d'insta- 
llations spéciales, ont été trouvées excel lentes par 
les personnes qui les ont consommées. 

Nous avons noté que, pour étre acceptées en gene- 
ral, les conserves ne devront contenir ni ail ni lau- 
rier. Le cuisinier, en bon espagnol, avait eu le main 
un peu. . . généreuse. 

II serait, dans tous les cas, facile de faire diverses 
sortes de préparations en indiquant, sur les boites, 
qu'il a été, ou non, utilisé des condiments un peu 
forts dans la fabrication. 



'•'^W^e^^mímg^iiix,'V^s^¡^í:»,íst.tmíxi»: 




— 51 — 

PoissoN SALE. — Le poisson destiné au salage a été 
Iranché suivant le mcthode de Terre-Neuve que nous 
décrironscomplétement dans l'ouvrage que nous avons 
en préparation (i\ 

Indiquant rapideníient le procede employé, nous di- 
rons que la tete est enlevée, le poisson fendu par la 
face ventrale et une partie de la colonne vertébrale 
également enlevée. 

Une fois vidé et tres soigneusement lavé, pour faire 
disparaitre toute trace de sang coagulé, le poisson 
íi été mis dans une saumure tres forte durant quaran- 
te-huit heures au minimum, dans les caisses étanches 
que nous avions íait établir spécialement. 

Retires de la caisse de saumure, les poissons tran- 
chés ont été places dans d'autres caisses avec du sel 
en abondance. 

Malgré certains retards dans Tachévement de la 
sécherie, retards qui n'ont permis de commencer le 
séchage que plus de deux mois aprés le salage des 
premieres captures, nous n'avons perdu aucun des 
poissons tranchés et sales selon la méthode indiquée. 

Le séchage s'est effectué dans la sécherie installée 
ii Sayago, dans les dépendances de l'Institut agrono- 
mique. 

Le poisson salé, au sortir des caisses dans les- 
quelles il était empilé avec du sel, est lavé el brossé 
lorsque cela est nécessaire. Le lavage peut se faire 
soit á Teau douce, soit a l'eau de mer. 

Une fois laves et débarrassés d'une grande partie 
de leur sel et des impuretés qui peuvent les souiller, 
les poissons sont suspendus par la queue, que Ton 
engage entre des lattis de bois paral leles, distants 
d'environ un demi-centimétre. Ces jeux de lattis sont 
support(''S par des piquets et sont reunís tous les 
O m. GO environ par de petits morceaux de bois de 
5 a 6 centimétres de long sur 3 centimétres de large, 
auxquels on donne, dans le monde des sécheurs, le 
nom «d'étiquettes». 

Les poissons sont places la partie ouverte du cóté 
du soleil, auquel on demande surtout une action chi- 
mique pour le blanchiement. 

II convient que le séchage s'opére de préférence 
sous l'action du vent. La chaleur solaire peut, en 

(1) Voycí (l8 plus A. Bjijy.vr, La moriie. S.i pfiche ct sa coiissrvation (BuUetiii 
de la Suciété il'ctade et tle viilgarisatioii de la Ziolog'ie agricole), Bordeaux, 1904. 



effet, étre funeste a Ifi bonne conservation du poisson . 
Son action est máxima quand les rayons arrivent 
normalement á la surface du poisson. 

Et on constate un phénoméne, en apparence invrai- 
semblable: c'est que, durant la saison froide, le pois- 
son «brúie» avec des températures inférieures a 28'^, 
landis qu'en été des températures de 30» et 32» sont 
parfaitement tolérées. 

Durant cette derniére saison, le soleil montant ti'és 
rapidement sur Thorizon, ses rayons sont paralléles 
aux poissons, suspendus verticalement, durant les 
lieures les plus chaudes de la journée. 

Au cours de la saison froide, le soleil étant, au 
contraire, beaucoup plus bas sur l'horizon, émet ses 
rayons presque normalement a la surface des pois- 
sons suspendus verticalement et ceux-ci peuvent etí-e 
«b rulés». 

Les poissons «brúlés» se dist¡np;ucnt de ceux qui 
ont été séchés dans de bonnes conditions par la fa- 
cilité avec laquelle ils s'eñi-itent au bout de peu de 
temps. II n'y a, d'ailleurs, aucun avantage á laisser les 
poisson exposés k des températures trop élevées. Si 
le poisson séche trop rapidement, ou bien il a brille» 
ou seule la partie externe séche et la partie interne 
reste saturée d'humidité, ce qui compromet la con- 
servation, quand celle-ci n'est pas rendue impos- 
si ble. 

Le séchage s'effectue d'autant mieux que la tem - 
pérature est plus basse. 

Les poissons destines á la consommation inmediato 
ne requiérent, en été, que deux a trois jours de sé- 
chage; ceux destines a l'exportation demandent á étre 
exposés plus longuement á Taction desséchante du 
vent. 

Pour continuer le séchage durant les heures trop 
chaudes de la journée, et pour conserver le poisson 
séché, on utilise des magasins de di verses formes et 
c'est un type de ees magasins- séchoirs que nous 
avons fait installer a Sayago. 

Ce bátiment mesure 5 m. de longueur, environ, sur 
3 m. 50 de large. Sa hauteur est de 3 m. 50 sur les 
cótés, de 5 m. au faite. Le toit, á double pente, dé- 
borde largement sur tcut le pourtour, assurant une 
proiection efhcace contre les rayons les plus chauds 
du soleil. Gráce a cette disposition, en été, le soleil 



- 53 - 

frappo tres peu les parois: le matin, seulement, tót, 
et le soir, tard. Durant le reste de la journée, le so- 
leil étant tres haut, ses rayons ne peuvent atteindre 
les parois du bátiment, 

Ces parois, en bois, sont d'ailleurs doubles sépa- 
rées par un mátelas d'air isolant. 

Le toit est consiitué par une assez forte couche de 
paille disposée d'une tagon a la fois ingénieuse et 
tres solide et qui assure a une telle couverture de 
longues années d'existence. 

Pour arréter la chaleur, aussi complétement que 
possible, il existe, en outre, des faux-plafonds in- 
complets, de paille également. 

L'un se trouve situé dans le plan horizontal de 
l'intersection du toit et des faces laterales et, parta nt 
de Tune de ces faces, s'avance a 1 m. environ án- 
dela de l'axe de l'édiñce. L'autre situé k O m. 60 
environ au-dessus, s'étend de l'autre face latérale á 
1 m. environ de Taxe dans le sens opposé. 

L'air fi'oid penetre par la partie inférieure, au mo- 
yen d'une jalousie occupant une des faces frontales 
sur 2 m. environ de hauteur depuis le sol. Cette ja- 
lousie peut étre ouverte plus ou moins complétement 
et la face qui la présente doit étre orientée, autant 
que faire se peut, de maniere ¿i recevoir le vent sec. 

Ce dispositif permet de soustraire, á peu prés com- 
plétement, l'intérieur de la sécherie aux ardeurs du 
soleil, tout en laissant le passage libre a l'air chaud 
qui circule de bas en haut et s'échappe, soit par une 
ouverture ménagée dans le toit, soit par l'espace libre 
existant entre le toit et les faces laterales. 

Enfin, une porte étroite donne entrée dans la séche- 
rie, qui présente des supports et des lattis analogues 
a ceux que nous avons décrits pour le séchage á 
l'air libre. 

Les poissons sales que nous avons séchés en uti- 
lisant les installations ci-dcssus mentionnées, se pré- 
sentent sous l'aspect du «bacalao» importé d'Europe. 
lis n'ont a lui envier ni la blancheur, ni l'odeur, ni 
la qualité. En ce qui concerne le goút, les attestations 
que nous avons recues de personnes absolument dés- 
intéressées, qui les ont goútés, viennent appuyer et 
renforcer notre opinión: á savoir, que ce poisson est 
égal, sinon supérieur, á celui qu'envoie en Uruguay 



~ 54 — 

l'exportation étrangére. II s'en difíérencie, au moins 
eu ce qui concerne la «curbina» et la «pescadilla» 
par la présence d'écailles un peu grandes. Mais faire 
disparaitre ees derniéres est peu de chose et nous 
devons rappeler que, déjii, des machines existent pour 
enlever ees écailles, machines qui peuvent nettoyer 
par heure un grand nombre de poissons. 

Nous ne reproduirons pas ici les attestations qui 
nous ont été adressées et relatives a la qualité des 
produits que nous avons prepares. Nous croyons ce- 
pendant devoir traduire un extrait de la lettre qui nous 
a été adressée par Monsieur h^. docteur D. Blasi, Pro- 
fesseur á TEcole vétérinaire de Montevideo á l'exa- 
men duquel des échantillons avaient été soumis. 

« Ayant examiné quelques échantillons provenant 
« des matériaux recueilles par le Professeur A. Bou- 
« yat, de l'Institut d'agronomie au cours du voyage 
c( dont Tobjet a été i'étude de la faune marine cíe la 
« zone est de la République, j'ai pu constater que le 
(( degré de conservation de ees produits, obtenus par 
(( des procedes spéciaux et avec le chíorure de so- 
« dium comme base de conservation, répond aux plus 
« completes connaissances de la science relative á 
« cette matiére.» 

A propos de l'imporlation rappelons que les pois- 
sons secs importes sous le nom de «bacalao» com- 
prennent non-seulement la morue (Gadiis morrlma) 
et les faux-poissons des pécheurs de Terre-Neuve: 
l'Anon, la Julienne, la Coquette et le Colin, mais en- 
coré des poissons dont la forme ne rappelle en rien 
celle de la morue ou des faux-poissons et que la 
disparition des caracteres extérieurs, consécutive aux 
opérations de préparation qu'ils ont subies, ne nous 
ont pas permis de déterminer. 

Provenant de France seulement il a été importé 
pour le valeur suivante Hh 

1909 l.O.f'iO piastres 

1902 l.GÓS 

1903 385 

1904 72 » 

1905 1.748 

(1) Une piastre vaut: Francs 5,40. 





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55 — 



6onclusions genérales 

En résLimé, au cours des recherches que nous avons 
effecluées (clans la limite de la durée de ees recher- 
ches et des travaux qui les ont suivies) nous avons 
pu consta te r que: 

a) Le poisson est abondant sur les cotes de Test 
de la République Oriéntale de l'Uruguay. 

6) Les espéces comestibles, susceptibles d'étre pré- 
parées en vue de leur conservation, sont sufíisam- 
ment nombreuses et ahondantes pour donner lieu ii 
des entreprises qui, bien comprises et bien dirigées, 
ne peuvent manquer d'étre florissantes. 

c) L'exploitation du poisson frais, gráce á la pro- 
ximité des marches de Montevideo et de Buenos Ai- 
res, doit étre largement rémunératrice. 

d) Les conditions dans lasquelles se trouveront les 
exploitations futures sont, de beaucoup, supérieures 
á la rnajeure partie de celles auxquelles doivent 
s'adapter les entreprises étrangéres, dans l'ancien 
comme dans le nouveau continent. 

En effet, ici, le champ d'exploitation est ii quelques 
heures á peine du centre de consommation. Les bá- 
teaux de peche peuvent, en cas de gros temps, trou- 
ver un abri dans l'admii-able rade de Maldonaclo que 
défend Tile Gorriti. 

D'ici pcu de temps le port de «La Paloma» leur 
offrira un excellent refuge sur un autre point de la 
cote. 

Le littoral est magniflquement éclairé par les pha- 
res des caps Polonio, Santa María, José Ignacio, 
ceux de Punta del este, de l'ile Lobos, du Banc an- 
glais, de l'ile Flores et de Punta bi'ava. 

La route, du rio Chuy a Montevideo, est ainsi ad- 
mirablement jalonnée, ce qui permet de voyager et de 
pécher durant la nuit, en toute sécurité. 

Le port d'attache des batiments pécheurs, qui se- 
rait tout naturellement Montevideo, est, en méme 
temps, un centre important de consommation et les 
produits de la peche n'auraient pas á supporter les 
frais de transport. par chemin de fer (au moins pour 
le poisson frais) qui grévent si lourdement les arti- 
cles de la plupart des entreprises similaires. 



- 56 — 

En ce qui concerne l'exportation sur Buenos-Aires, 
les vapeurs qui font quoticliennement la traversée 
Oifrent des garanties de rapidité et de régularité d'au- 
tant plus appréciables que le poisson des cotes de 
Test peut ainsi arriver sur le marché dans des con- 
ditions de fraicheur remarquables qui lui assurent, 
sur les poissons de la République Argenline une 
supériorité marquée. 

II est, d'autre part, notoire que le poisson de Mon- 
tevideo, méme provenant de l'estuaire du Río de la 
Plata, est nettement préféré au produit des entreprises 
argentines. 

Enfln pourrait étre entreprise, tout au moins pour 
certaines espéces, l'exploitation du poisson «vivant». 
Cette exploitation nécessite: d'une part, des bateaux 
viviers, d'autre part, des viviers fíottants qui seraient 
mouillés dans le port de Montevideo. 

II y a quelques années des pécheurs canariens ont 
eu l'idée d'installer dans le port de La Luz (Las 
Palmas) des viviers flottants et en tirent d'impor- 
tants bénéflces. Le poisson vivant se vend, en effet, 
beaucoup plus cher que le poisson frais et le débou- 
ché serait assuré dans Montevideo et á bord des tres 
nombreux paquebots reláchant dans le port. 

Pour pouvoir conserver vivant, soit dans les bateaux 
viviers, soit dans les viviers flottants du poisson pe- 
ché par vingt-cinq ou trente métres de fond, quelque- 
fois davantage, il faut prendre certaines précautions. 

Adaptes á la vie sous une pression de plusieurs 
atmosphéres les poissons, ramenés á la surface, sont 
mis dans l'impossibilité de nager. La dilataiion de 
leur vessie natatoire consecutivo a la diminution de 
pression qu'elle équilibrait réduit considérablement 
le poids spécifique du corps et les pécheurs cana- 
riens ont recours aune véritable «ponction» de cet 
organe pour permette aux poissons de nager sous 
une couche d'eau de faible épaisseur. lis pertbrent la 
paroi du corps et celle de la vessie natatoire au mo- 
yen d'un tube coupant, terminé en biseau á l'extré- 
mité qui doit étre enfoncée dans le corps du poisson, 
l'autre extrémité étant libre. Un manche de bois, de 
forme spéciale, permet le facile maniement de ce 
petit instrument designé sous le nom de «pica». 

La qualité remarquable du poisson des cotes de 
Test assurera au produit des exploitations futures une 
faveur certaine. 



— 57 — 

AjoLitons que rinstallation de dépóts frigoriflques 
ou la simple utilisation de bateaux modernes posse- 
dant des disposilifs pour la conservation pnr le troíd, 
permettrait d'approvisionner tres réguliei-ement le 
marché «poisson frais». 

En ce qui concerne le poisson salé et seche les 
débouchés sont assurés tant en Uruguay que dans 
les pavs limitrophes. Dans la République meme, les 
populations du centre consomment — le payant un prix 
relativement elevé— un poisson séché qui doit a son 
mauvais mode de iranchage, á un salage insuttisant 
€t a un séchage operé en dehors de toules les regles 
ordinairement suivies, un aspect, une odeur meme 
qui rendraient impos&ible leur acceptation en bu- 

rope. . , . 

Ge poisson nous rappelle, á peu pres exactement 
le produit que préparent les pécheurs canariens et 
dont la conservation est, parfois, tellement proble- 
matique que les autorités des ports de Las Palmas 
et de Ténériffe se voient dans l'obligation, malgre 
une indulgence bien evidente, de taire jeter a la mer 
des chargements complots. 

La présence d'un nombre important de canariens 
dans le centre de la République Oriéntale de I Uru- 
guay expliquerait le bon accueil fait au poisson secbe 
actuellement expédié dans la campagne. , 

Ce poisson est á peu prés inconnu dans Montevi- 
deo oü le présenter serait d'ailleurs mutile. ^ 

II en serait tres certainement tout autrement au 
poisson tranché, salé, séché et conservé suivant la 
méthode que nous avons indiquée. Amsi que nous 
l'avons dit, les poissons séchés que nous avons tait 
goúter ont été iugés parfaitement bons et susceptibles 
de faire une concurrence avantageuse au «bacalao)). 

La lutte serait d'autant plus facile que, aux condi- 
tion favorables de Texploitation, viendrait s ajouíer 
rabsence de frais de transport et de droits d entree. 

D'auíre part les pécheurs pourraient saler et ven- 
dré eux-mémes, supprimant ainsi les intermédiaires, 
dont la part de bénétices pese si lourdement sur le 
consommateur sans profit pour le producteur. 

La fabrication de consei-ves pourrait étre entreprise 
avec succés, en tenant compte des goúts du marche 
et dans ce cas comme précédemment, les produc- 
teurs nationaux se trouveraient dans des conditions 



— 58 — 

leur assui-ant une incontestable supériorité sur les 
fabricants étrangers. 

Nous avions l'intention d'étudier la possibilité d'éta- 
blir des salines et de déterminer dans quelle mesure 
pourrait étre rémunératrice la fabrication d'engrais 
de poissons. Le peu de durée de notre voyage ne 
nous a pas permis d'aborder l'étude de ees deux 
points, pourtant si intéressants et qu'il serait tres 
important d'élucider dans le plus bref délai. 

Nous n'avons pas davantage eu le loisir, au cours 
de notre croisiére, d'étudier la possibilité d'établir des 
expíoitations pour Vostréiculture et la mytiíicultttre. 

L'huitre et la moule existent naturellement. El les 
n'auront done pas á lutter centre les dificultes, par- 
fois tres grandes, de l'adaptation k un milieu plus ou 
moins favorable. 

D'ores et deja il nous a été donné de constaterque 
les essais devront eti-e poursuivis, par suite de Tab- 
sence de mouvements réguliers et de grande ampli- 
tude de l'Océan, non selon la méthode francaise des 
cotes de TOcéan atlantique, mais suivant celle a la- 
quelle on a recours sur les cotes de la Mediterráneo, 
qui ne presente pas le pbénoméne des marees. 

De notre trop court voyage sur les cotes de Test 
de la République Oriéntale de l'Uruguay nous rap- 
portons une impression excellente sur la richesse 
des eaux qui les baignent et notre conviction est com- 
pléiement affermie qu'il y a á faire, beaucoup ¿i faire 
au point de vue «pécheries». 

Sans Youloir entrer ici dans l'e.xposition du plan 
que devront suivre les expíoitations futures, nous di- 
rons qu'elles devront etre puissantes: puissantes com- 
me capitaux, puissantes comme outillage, de maniei-e 
íi pouvoir tirer parti de toutes les branches de l'in- 
dustrie de la peche. 

L'exploitation complete de cette industrie devra 
comprendre: 

1.0) Le poisson frais, les mollusques et les crustacés 
vivants pour l'approvisionnement du marché «pois- 
son frais» a Montevideo et á Buenos Aires, en y 
adjoignant évenluellement la branche «poisson vi- 
vante. 

2.0) Les poissons en frigoriflques, poissons fins seu- 
lement, dont la valeur commerciale justifle les im- 



- 59 - 

mobilisations de capitaux nécessaires á Tétablisse- 
ment d'insíallations et de machines fngoriflques («bró- 
tiilas, pejerreyes, anchoas, etc.»). 

3.0) Le poisson salé et séché, en utilisant pour 
cette préparation les poissons de grandes dimensions 
(curbina criolla, curbina negra, bagre) et ceux de 
dimensions réduites dont l'abondance, á certaines épo- 
ques, déterminerait un avilissement des prix si on 
les mettait sur le marché (pescadilla, curbina blan- 
ca, etc.) 

4.0) Le poisson salé et fumé, dont la préparation 
pourrait étre tentée avec certaines espéces. 

5.0) Les poissons, crustacés et mollusques en con- 
serves. Rappelons qu'a certaines époques de l'année 
on capture des crabes de grande taille, parfaitemen- 
comestibles, et que la fabrication de conserves d'hui- 
tres et de moules se pratique couramment. 

6.0) Les poisson en ((escabeche». 

7.0) Les produits accessoires tels que les oeufs qui 
pourraient servir a fabriquer une rogae qui trouve- 
rait son emploi pour la peche de la sardine, si ce 
poisson existe en quantité, ou pour la peche au tré- 
mail dont elle augmenterait le rendement; Uhuile de 
foies dont la préparation a déjá été tentée; la co//e de 
j)OÍsson^ la graisse de poisson, les vessies natatoires 
et enñn le guano pour la fabrication duquel seraient 
utilisés tous les déchets des diverses préparations et 
les poissons dont on ne pourrait tirer un autre parti. 

8.0) Le sel et les salines artiñcielles. 

9.0) L'exploitation de deux industries appelées a 
un grand avenir le jour oü sera mise en évidence la 
possibilité de leur création, nous avons nommé Vos- 
trélcultíire et la mytiliciiltnre. 

Ces deux branches de l'induslrie aquicole marine 
pourront peut-étre méme, dans l'a venir, prendre un 
développement assez considerable pour absorber les 
soins d'entreprises ayant pour unique objet leur ex- 
ploitation. 

En ce qui concerne la capture des poissons, nous 
croyons devoir diré que nous sous-entendons cette 
captui'e au moyen des engin modernos, les seuls vé- 
ritablement industriéis: le chalut et le filet a plateaux 
ou á ciseaux, scherbret-ternetz des Allemands, ot- 
ter-trawl des Anglais; les seuls á Tusage desquels 
on ait recours a peu prés universellement. pour la 
peche intensive. 



- 60 — 

Nolis n'entrerons ici dans aucun cléíail relativement 
íx leur emploi, nous ne chercherons pas plus á éta- 
blir leur incontestable supériorité que nous ne tente- 
rons de faire justice des accusations portees contre 
eux. 

Aussi bien ce serait la discussions oiseuses. 

Leur usage, qui se généralise de jour en jour, les 
plaidoyers en leur faveur parus sous des plumes au- 
torisées et notre expérience des questions «peche» 
nous permettent d'affirmer que seuls ees filets ont une 
valeur industrielle et qu'ils devront étre employés par 
les entreprises futures soucieuses de lutter avanta- 
geusement contre la concurrence étrangére. 

Sans reprendre les accusations infondées de des- 
truction des alevins, peut-étre nous objectera-t-on 
que la présence, prés des cotes, de plusieurs vapeurs 
trainant jour et nuit leurs engins déterminera, au bout 
d'un ceríain nombre d'années, et malgré l'étonnante 
puissance reproductrice des poissons, une diminution 
sensible de leur nombre. 

Bien que les espéces dont nous avons constaté íú 
présence se montrent particuliérement nombreuses, 
bien que les eaux baignant les cotes de la Républi- 
que Oriéntale de l'Uruguay soient a peu prés vierges 
du contact des engins moclernes, bien que nous puis- 
sions trouver dans la remarquable faculté reproduc- 
trice des poissons un argument de une incontestable 
valeur pour une réponse négative, nous inclinons ce- 
pendant á repondré nettement: OUI. 

Oui, d'ici un nombre d'années qu'il est impossible 
de flxer, mais qui sera considerable, les poissons se 
feront plus rares, leur capture plus difficile. 

L'exemple du vieux continent est la pour nous pi"ou- 
ver que, sinon rapidement, du moins au bout d\ine 
longue periodo de peche intensive, le poisson dimi- 
nue — ou du moins le produit de la peche — et qu'il 
faut avoir recouí's á des engins perfectionnés portes 
par des vapeurs a rayón d'action tres étendu, pour 
pouvoir satisfaire les besoins sans cesse grandissants 
d'une population toujours croissante. Les chalutiers 
d'Arcachon, qui ne quittaient pas le golfe de Gas- 
cogne il n'y a pas bien longtemps, vont actuellement 
promener íeurs fllets en face des cotes espagnoles et 
jusque sur les cotes marocaines, 

Cette objection, malgré sa valeur apparente, reste 
cependant sans portee aucune. 



— 61 - 

Au point de viie nniversel, la question est certai- 
nemerit complexe. Mais un rapprochemeiit montrera 
que ce qui parait de l'imprévoyance est, d'une part, 
une nécessité iniposée par les besoins tous les jours 
plus grands de l'huníianité, d'autre part un puissant 
stimulant de son ingéniosité, un facteur incontestable 
de progrés. 

Creer des nécessités c'est susciter les moyens d'y 
faire face, surtout quand ees nécessités sont des né- 
cessités primordiales. 

S'il est, en etfet, des richesses auxquelles on s'at- 
taque tous les jours avec un acharnenaent croissant, 
auxquelles on arrache jusqu'á leurs ultimes éléments 
ce sont, sans contredií, les richesses miniéres. 

II n'est venu a l'idée de personne de réduire la 
production des mines pour assurer une plus grande 
durée a leur exploitation et, quand des mesures sem- 
blables ont pu étre prises, elle ont été appliquées a 
l'occasion de crises passagéres, dufait de la surpro- 
duction. Et encoré faut-il noter que les préoccupations 
qui ont pu les dicter élaient d'ordre purement finan- 
cier, avaient pour but de sauvegarder les intéréts de 
sociétés industrielles ou de particuliers et non d'as- 
surer á nos arriero -neveux quelques millions de kilos 
de charbon, quelques tonnes de mineral de t'er, ou 
quelques pierres précieuses de plus que cellos que 
leur aurait laissés une exploitation ininterrompue. 

Ces richesses miniéres, dont l'exploitation est si 
áprement, poursuivie ces minerais, auxquels on de- 
mande chaqué jour davaniage, augmentant sans cesse 
la puissance des moyens d'extraction, ayant recours 
aux procedes dont dispose la chimie moderno pour 
arracher á la gangue qui l'enserre jusqu'a la derniére 
parcelle de metal précieux par sa rareté ou sa va- 
leur industrielle, ces richesses, disons-nous, compte- 
t-on les voir augmenter? 

On pourra découvrir de nouveaux gisements com- 
me on pourra aller chercher toujours plus loin des 
cotes et de la surface des mei's les espéces comesti- 
bles de la faune de TOcéan, mais peut'-on espérer 
que les forces qui ont determiné la formation des mi- 
nerais exploités agiront de nouveau pour les mettre 
á notre portee lorsque ceux actuellemenl formes vien- 
dront a s'épuiser? 

Raisonnabiement: NON. 



— 6^ - 

On arrache clone a la terre tout -ce que peut don- 
ner sa minéralisation, on exploite á outrance, dans 
le donaaine minier, tout ce dont le génie de l'homme 
permet de tirer partí, sans espoir de volr augmenter 
ce domaine, et on mettrait a l'exploitation des ri- 
chesses marines les entraves d'une prévoyance exa- 
gérée? 

Ni Tor ni le platine, ni les minerais de fer ou de 
cuivre, de zinc ou de chrome ne pourront etre renou- 
velés: on les exploite á outrance. 

Et on limiterait, d'une maniere étroite, la capture 
des poissons auxquels assurent un renouvellement 
incessant une fécondité extraordinaire, Texistence de 
zones de protection spéciales, les refuges offerts par 
les endroits inaccesibles aux fllets des vapeurs, aux 
simples lignes méme, les étendues considéi'ables non 
exploitées oú le poisson croit et se reproduit ne ren- 
contrant a sa multiplication inflnie que l'obstacle mis 
á la fécondité par cet état d'equilibre que nous pour- 
rions appeler le balancement des organismes dans 
un milieu donné? 

Bien peu y ont songé, semble -t-il, du moins sMl 
faut en croire Tessor magnifique de la peche aux 
filets traína nts, le perfectionnement des engins de 
capture, le nombre, la puissance des socíétés de pe- 
che, les progrés qui ont fait de leurs vapeurs d'ad- 
mirables batiments travaillant sans interruption, trai- 
nant leurs filets de jour et de nuit et, aprés plusieurs 
jours passés au large, ne rentrant au port que pour 
en repartir aussitót. 

Au point de vue national une breve réponse réduit 
á néant Tobjection tirée de la dimínution probable 
des poissons du fait d'une exploitation intensive. 

A trois milles en mer ¡es eaiix sont Ubres. Si, par 
scrupule, une natlon hésile a aatoriser Vemploi des 
engins puissants., les seiils it retirer un béncjice d'un 
sentinient louable en soi, mais qui est une faiblesse 
dans Le liitie fjour la vie., seront les péchears étran- 
gers. 

Ce sont done le chalut et le filet a plateaux, en- 
gins non encoré employés sur la cote de la Répu- 
blique Oriéntale de l'Uruguay que les Socíétés futu- 
res devront utiliser. 



- 63 - 

Le filet traína nt, connu soiis le nom de «bou» ou 
«boeuf» et dont nous iious sommes servi, dans des 
conditions un peu dét'ectueuses, il est vrai, ne consti- 
tue, pour nous, qu'un premier pas, qu'un léger pro- 
gres dans l'industrialisation des engins de peche, un 
passage entre le palangre et le fllet a plateaux. 

Le palangre n'est pas, en effet, un engin industriel. 
Son rendement est faible, les chances de perte d'ha- 
mecons parfois considerables (jusqu'a 33 o/o du nom- 
bre total). Bien souvent les étoiles de mer et cer- 
tains gastéropodes se flxent sur Tappat en tres grand 
nombre. Enfin, nous avons pu nous rendre compte 
qu'un grand nombre des poissons captures devient 
la proie des requins. 

Ajoutons que, par les temps un peu durs, la pose 
et la releve des palangres, pe;nibles par temps calme, 
deviennent tout á fait impossibles. 

De plus, le rendement de la peche est absolument 
subordonné a Ici qualité de l'appat qu'il est parfois 
tres difflcile de se procurer. 

On' nous objectera, sans doute, que, jusqu'á l'heure 
actuelle, les pécheurs au palangi'e ont vécu du pro- 
duit de leur travail et qu'avec de petits vapeurs la 
peche a été assez ahondante non-seulement pour 
approvisionner le marché de Montevideo mais encoré 
pour permettre l'exportation sur Buenos Aires. 

En admettant que les pécheurs trouvent une rému- 
nération sufíisante de leur travail et des capitaux en- 
gagés dans la vente du produit de la peche au pa- 
langre, en admettant que l'entreprise exportatrice 
fasse de bonnes affaires — et tout ceci serait á dé- 
montrer — il ne faut pas oublier que c'est gráce seu- 
lement au prix elevé, voire méme exorbitant, qu'at- 
teint le poisson a Montevideo. 

Sur la grande, sur Timniensc majorité — sur tout 
le pays, moins les pécheurs — retombent les consé- 
quences d'une routine qui leur fait employer des en- 
gins universellement abandonnés. 

Partout, en effet, c'est le filet trainant qu'utilisent 
les vapeurs et méme, en ce qui concerne la peche a 
la morue, cet engin se substitue aux anciennes ligues 
de fond. 

Deja, en 1904, la «Jeanne», vapeur chalutier, en- 
treprenait son second voyage et il faut que la supé- 
riorité de la peche au filet trainant soit indiscutable 



- 64 - 

pour que des armateurs n'aient pas hesité á risquer 
leurs engins dans des mers couvertes de brume, et 
dont le fond est hérissé d'ancres perdues et de co- 
ques de navires coulés. 

Industrie!, un engin Test toujours lorsqu'il nourrit 
celui qui l'utilise et, si les palangres n'existaient pas, 
la peche á la canne pourrait étre industrielle. 

Mais lorsqu'un arrét dans le progrés impose a, la 
populalion de tout un pays des prix excessifs pour 
un article comnne le poisson, lorsque la «cristallisa- 
tion» dans des procedes antiques d'une petite mino- 
rité transforme en article de luxe un article de pre- 
miére nécessité, le devoir du Gouvernement irest-il 
pas de favoriser la marche vers le progrés pour le 
plus grand bien de tous? II nous parait que si. 

Et, si la transformation des procedes de peche de- 
vait entrainer une perturbation passagéí'e dans la vie 
d'un groupement sourd ¿i l'évolution du milieu qui 
l'environne, il ne faudrait y voir que la rancon du pro- 
grés, de ce progrés dont ceux qui se plaignent au- 
jourd'hui seront demain les premiers bénéficiaires. 

Le «bou», que nous avons pu voir a l'oeuvre, ne 
nous semble pas indiqué pour une exploitation in- 
tensivo — intensivo dans la limite oü le lui permet- 
tront les réglements dont nous parlerons plus loin. 

Tel qu'il existe actuellement, le «bou» nécessité 
l'emploi de deux vapeurs, avec chacun un équipage 
de dix ou onze marins. 

La mise á l'eau est assez délicate, la manc^euvre, 
durant la peche, difficile avec un peu de mer; la re- 
leve, des plus pénibles par beau temps, est tres lon- 
gue et devient impossible quand le vent se fait sentir 
ou quand la houle est un peu forte. 

Enfln, avec temps dur, il est inutile de songer á 
sortir en mer, les vapeurs employés ne pouvant, 
méme libres du fllet, resistor a une bourrasque. 

Le bilan est done le suivant: nécessité de deux va- 
peurs, de deux équipages avec grosse consommation 
de charbon et impossibilité de se livrer a la peche, 
sauf par beau temps. 

Avec un grand vapeur de peche, au contraire, qu'il 
s'agisse de l'emploi du chalut ou de celui du fllet á 
plateaux, la peche s'effectue méme par temps dur, 
la mise a l'eau et la releve de l'engin se font rapi- 
dement et sans fatigue; un équipage de douze hom- 



— 65 — 

mes est sufñsant et la dépense de charbon est forcé- 
ment inférieure á celle de deux petits vapeurs. Ajou- 
tons, qu'en cas de mauvais lemps, les chalutiers et 
les «trawlers» peuvent rapidement relever leur filet 
et, tres marins, resisten parfaitement ¿\ la tempéte. 

Nous avons eu Toccasion, tant au cours de nos 
croisiéres dans le golfe de Gascogne, que durant une 
mission sur la cote occidentale d'Afrique, d'appré- 
cier les qualités remarquables des bateaux pécheurs 
et les garantios qu'iis^présentent pour la vie des ma- 
rins qui composent leurs équipages. 

Les cotes de Test de la Répu buque Oriéntale de 
rUruguay ont la réputation d'etre particuliérement 
dangereuses et une entreprise aurait-elle les oreilles 
fermées á. toute considération d'humanité, ne doit, 
dans son propre intéréí, y envoyer que des vapeurs 
solides, construits pour lutter avantageusement cen- 
tre les te m petes. 



Centres d'exploitation 

L'existence de points d'atterissage sur la cote, de 
ports ménie: la baie de Maldonado, le port de La 
Paloma, dans quelque temps, et la possibilité d'ache- 
ter des terrains á des prix peu eleves permettront 
aux industriéis futurs de s'insíaller sur les lieux mé- 
mes de production, groupant autour de leurs usines, 
de leurs sécheries, les maisons de leurs employés, 
créant ainsi des centres de colonisation qui s'aug- 
menteront des commerces variés dont la présence 
d'un noyau industriel, en un point quelconque, fait 
naitre la nécessité. 

D'autre part, dans un avenir certainement peu 
éloigné, le chemin de fer arrivera jusqu'a Maldonado 
et des facilites de transport viendront ainsi s'ajouter 
á celles qu'offrent déjá les entreprises marítimos 
dont les vapeurs desservent les cotes de Test. 

Dans de si avantageuses conditions, avec un cíiamp 
aussi vaste, aussi riche et inexploité comme celui 
qui s'offre á elles, il n'est pas douteux que des en- 
treprises se flxeront dans la République. 

Et, lorsque, faisant un retour en arriero, nous re- 
portons notre pensée sur la cote occidentale d'Afri- 
que, dans cette baie du Lévrier oü nous avons été 



- 66 - 

recus par quelques Mauros inhospitaliers, quand noLis 
songeons que la oü en 1905 il n'y avait ríen qu'une 
végétation brúlée par le soleil, brúlée par l'air de 
la mer, sans aucun vestige du passage de Thomme, 
et que, ¿i 650 kilométres au nord de Dakai', sans au- 
tre moyen de comunication que la route du désert 
ou celle de TOcéan, il s'est fondo un centre industrie}, 
qu'un phare s'éléve a l'extrémité du Cap Blanc, que 
des wagons roulent desservant les concessions, ve- 
nant chercher le poisson sur le m(Me auquel accos- 
tent les vapeurs des entreprises de peche, qu'une 
station de télégraphie sans fíl met en communication 
Port-Etienne avec Paris et avec Dakar, qu'existe un 
groupement industriel la oü il n'y avait pos d'eau, et 
que nous comparons avec la cote mauritanienne les 
cotes de l'est de la République Oriéntale de TUru- 
guay, splendidement illuminées. avec de l'eau, avec 
une population laborieuse, avec du comrnerce, avec 
la vie enfin, plus encoré, avec de la joie— car Punta 
del Este offre deja ses distractions a de nombreux 
baigneurs — nous ne pouvons faire autrement qu'ajou- 
ter, par la pensée, a ees manifeslations de Tactivité 
humaine, quelques centres industriéis qui tireront, 
des richesses de la mer, des bénéflces aussi certains, 
plus certains méme, que ceux que dispense la terre 
¿1 celui qui la cultive, et nous ne pouvons croire que 
ce qui n'est encoré qu'un produit de notre imagina- 
tion, ne devienne, a bref délai, une brillante réalité. 



6réations indispensables 

Mais les considérations qui détermineront, tout porte 
á la croire, la formation de sociétés de peche, la 
création d'industries nouvelles, le plan d'exploitation 
dans lequel nous nous sommes préoccupé de mettre 
en évidence tout ce qui peut étre la source d'un bé- 
"néflce, si minime soit-il, n'ont, en somme, trait qu'aux 
capitaux de particuliers ou de sociétés et aux avan- 
tages que pourra retirer indirectetnent le pays de 
leur mise en valeur. 

Nous limiter á de telles considérations serait ou- 
blier Timportance du travail que S. E. Monsieur le 
Président de la République nous a fait l'honneur de 
nous confler, serait rabaisser une question dMntérét 



Pl. 10 







fe'»'-: 










Fig. 25. — Lii sóelierie ct le ilt'ixit inontrant la face tro i tale iiiiiiiit! iruiie jalimsie. 



— 67 — 

general, serait méconnaitre les vues supérieures qui 
ont inspiré le Gouvernement dans la résolution de 
taire étudier la faune aquatique de TUi-uguay, oublier 
aussi le role supérieur de TEtat sur lequel nous in- 
sistions en exposant le plan des recherches a effcc- 
tuer. (Voir ci-dessus p. 8.) 



Station de biologie marine 

Poui' arriver á la connaissance de la biologie des 
étres marins, pour dóterminer les lois auxquelles 
obéissent les migrations des poissons, pour mener a 
bien les múltiples et délicates observations qui devront 
s'écheloniier sur un grand nombre d'années, il est 
absolumcnt indispensable d'employer des appareils 
spéciaux, d'établir des milieux d'observation et d'ex- 
péricnces, d'avoir recours ñ, des installations appro- 
priées, de creer, en un mol, une Station de biologie 
marine. 

La connaissance de la biologie des poissons, crus- 
tacés et mollusques n'est d'ailleurs pas la seule que 
doivent acquéi'ir ceux qui seront appelés a fournir 
des renseignements aux industriéis; celle des orga- 
nismos microscopiques qui llottent a la sui'face de 
Tocéan, ou se maintiennent entre deux eaux, leur 
pei'mettra, plus rapidement encoré, de diré vers quels 
parages le pccheur doit dii-iger son vapeur pour taire 
d'abondantes captures. 

Ces éires innombrables, dont la présence a peine 
altere la limpidité des eaux, dont les marins ne soup- 
connent meme i)as Texistence, lo plankion, pour lui 
donnei' le nom qu'il doit a Johannes Muller qui, le 
premier, Tobserva, renferme des algues microscopi- 
ques, des animálculos qui mangent ces algues, des 
larves de crustacés qui mangent les algues et les 
animálculos et, par surcroit, se mangent entre eux. 

Les anchois, les sardines font la chasse a ce frele 
gibier, les poissons ichthyophages suivent, suivis eux- 
mémes des mammifei'es marins. Et c'est de l'abon- 
dance de ce «plankton», qui a besoin de chaleur et 
<ile lumiere, que dépend, dans une large mesure, l'ar- 
rivée ou le départ des poissons voyageurs. 

Cette étude des inflniment petits peut etre menee 
á bien par les naturalistes seuls. 



- 68 - 

En France, depuis longtemps déjá, tout une bor- 
dure de laboratoires maritimes fonctionne sur les 
cotes: Boulogne, Wimereux, Luc-sur-mer, Saint 
Vaast-la-Hougue, Roscoff, Concarneau, Les Sables- 
d'Olonne, Arcachon, Guéthary, Banyuls, Cette, Mar- 
seille, Tamaris, Villefranche et, en Alg(3rie, Alger 
possédent des stations zoologiques et un personnel 
scientifique. Saint Vaast- la-Hougue posséde meme 
une installation complete de piscifaclure. 

Ce qui a été íait sur de si nombreux points en 
France pourrait étre fait sur un point au moins de 
la cote njarine de 1' Uruguay, au debut des études 
dont la nécessité nous parait surabondamment dé- 
montrée, et une seconde station devrait étre ótablie 
sur le Río de la Plata. 



École de peche 

Le vapeur mis a la disposition du Directeur de la 
Station pourrait, en méme temps que d'instrument de 
rechei'ches, servir de bateau -école pour la peche. 

Les pécheurs des cotes de la République Oriéntale 
de rUruguay ont pu, en eñ'et, gráce a Tabsence ab- 
solue de concurrence, s'en teñir á l'utilisation d'en- 
gins dont Tusage remonte tres loin, et a la vente du 
poisson i\. Tétat frais. 

Nous avons déjá dit la valeur des préparations do 
poisson sec faites par un nombre tres réduit de pe- 
tits commercants. 

Mais, á l'heure actuelle, des concurrents se dres- 
seiít devant les pécheurs orientaux, d'autant plus re- 
doutables qu'ils sont puissamment outillés et em- 
ploient les plus perfectionnés parmi les engins mo- 
dernes. La lutte pour la suprématie sur le marché 
de Buenos Aires est deja ardente. La stagnation 
dans la routine supprimerait rapidement un impor- 
tant débouché et peut-étre méme la nouvelle entre- 
prise portcrait-elle la lutte sur le marché de Mon- 
tevideo. Non seulement l'exportation pourrait cesscr 
mais encoré assisterait-on presque súrement á ce 
triste spectacle de voir le marché uruguayen d'expor- 
tateur devenir importateur. 

II est done indispensable de former une génération 
de pécheurs connaissant la maneen vre des vapeurs 
et des enííins modernes. 



- 69 - 

Le vapeur de la Station biologique pourrait etre, 
pour les appi^entis pécheurs, ce qirest le bateau- 
école pour les marins de la floUe de guerre. Tous 
les ans embarquerail sur ce báliment un certain 
nombre d'apprentis qui, au cours de campagnes suc- 
cessives, qui dureraient a peu prés toute Tannée, se 
familiariseraient avec les mancL'uvres d'un bateau á 
vapeur, seraient exercés á la peche en liaute mer, 
soit avec les filets dérivants, soit avec le chalut, soit 
avec le fllet ¿i plateaux ou aottertrawb). 

Les voyages sui' les différents points de la cote 
serviraient a la formation de pilotes et permettraient 
la visite d'usines, chantiers de construction, établis- 
semenls ayant des rapports avec l'industrie de la 
peche. 

Cette école, en méme temps qu'elle formerait des 
marins pour la flotte de guerre, assurerait le recru- 
tement des équipages des bateaux de peche, voire 
meme des pati'ons. Les capitalistes hésiteraient cer- 
tainement moins a engager leurs disponibililés dans 
des entreprises que Tabsence de marins spécialistes 
livre, actuellement, aux hasards d'un formidable in- 
connu. 

Les entreprises, nationales comme étrangéres, bá- 
seos sur Tutilisation des engins modernos, voient, en 
eñet, se dresser devant el les le probléme de la main- 
d'ceuvre. 

Dans les conditions actuelles, les industriéis qui 
voudront utiliser le chalut ou le fllet á rjlateaux se- 
ront dans Tobligation de faire venir d'Europe leur 
personnel. 

Celui-ci, accoutumé á des salaires inférieurs á celuí 
que Ton paye en Uruguay coúterait moins cher, méme 
avec le paiement d'une prime pour le séjour en Amé- 
rique, que la main-d'oeuvre indigéne. Ce serait done 
le chómage forcé pous les pécheurs actuéis, 

Aprés la création et le fonctionnement d'une école 
de peche, il en serait tout autrement et les entrepri- 
ses de peche trouveraient, en Uruguay, unemain- 
d'ttíuvre n'ayant rien ¿i envier a la main-d'oeuvre 
européenne et inñniment supérieure, comme stabihté, 
aux marins travaillant h des miUiers de kilómetros 
de leurs fa mi 11 es. 

Les pécheurs actuéis n'auraient pas íi payer, par 
un chómage prolongé, la rancon du progrés que 



- 70 — 

constitue la substitution des engins modcrnes aux 
appareils un peu antiqucs et de valeur industriclle ¿i 
peu prés nulle. en usage actuellement sur les cotes 
de la République Oriéntale de TUruguay. 

Le Gouvernement pourrait, d'ailleuis, le jour oú de 
bous éléments seraient oí'ferts aux entreprises, obli- 
ger ees derniéres h armer leurs navires avec une 
majorité d'orientaux, ce qu'il ne pourrait raisonna- 
blement exiger en ce moment. 

Les installations de la station biologique, ses ré- 
servoirs, ses aquariums, ses laboratoires oí'friraient, 
en méme temps, de prccieux matériaux et des nio- 
yens de travail uniques aux médecins désirant s'adon- 
ner a certaines études physiologiques. 

Sans cesser d'avoir recours a la genérense hospi- 
talité des laboratoires d'Europe, ils pourraient pour- 
suivre a loisir leurs travaux et apporter une impor- 
tante contribution h la solution des problémes de la 
physiologie, contribution d'aulant plus intéressante 
que leurs recherches pourraient s'étendre a des exem- 
plaires de la serie aniniale qu'il est impossible de se 
procurer vivants en Europe. 



Musée de peche 

A la station biologique, rien ne serait plus facile 
que d'adjoindre un Miisée de peche que conslitaeraient 
des exemplaires ou des réductions des divers engins, 
bateaux de peche, appareils de sondage, etc., actue- 
llement utilisés. 

Nous sommes certain que des demandes adressées 
aux constructeurs, des échanges avec les stations et 
musées existants permettraient la rapide í'ormation 
d'un musée du plus haut intérét dont la visite, a elle 
seule, constituerait tout un enseignement. 



6arte des fonds de peche 

Mieux instruits, les patrons de peche pourraient 
rendre de précieux services et leurs observations 
permettraient rétablissement rapide d'une carte des 
fonds de peche. 

L'établissement de ees cartes, préconisé au Congrés 



— 71 ~ 

des Sables- tfOIonne en Aout 1896 par M. Edmond 
Perrier, Directeur du Museum d'histoire nalurelle de 
París, demandé au méme Congres par M. E. (^anu, 
Directeur de la Stalion aquicole de Boulogne-sur- 
mer, permeilrait aux pécheurs de se diriger exacte- 
ment sur les parages oü ils sauraient pouvoir faire 
une récolte ahondante; de ne jeter leurs fliets que 
la oü l'absence d'obstacles naturels (attleurements ou 
tetes de i'oches) ou accidentéis (épaves, ancres per- 
dues) est un garant de pouvoir les trainer sans 
aucun risque. 

Ces cartes indiqueraient la nnture tres exacto du 
fond, les proíbndeurs, la direction et Tintensité des 
courants, etc. 

Depuis longtemps on s'est occupé de cette question, 
non-seulement en Franco, mais en Angleterre, en 
Allemagne, en Norwége, aux Etats-Unis, etc. 

La «Scottish xMarine vStation de Granton» k l'aide 
de son yaclit dragueur «Medusa» et de son Labora- 
toire ñottanl r«Ark)) poursuit Tétude de Tocéano- 
graphie des cotes écossaises 

Ainsi la science que possédent quelques pécheurs 
de certains parages, gráce a, une expérience deja 
longue, pourrait s'acquérir rapidement, pour toute 
Tétendue des cutes, avec une carte convenablement 
dressée. 



Garnet de peche 

L'établissement des cartes des fonds de peche se- 
rait beaucoup plus facile et beaucoup plus ropide 
qu'il ne peut le sembler á premiére vue. 

L'existence, á bord de chaqué bateau, d'un carnet 
de peche soigneusement tenu permettrait une centra- 
lisation et un rapide controle des renseignements 
recueillis, des observations faites. 

Chaqué patrón ferait un relevé des lieux oü se 
sont eftectuées les meilleures peches, du nombre, de 
la qualité et de l'abondance des espéces captúreos, 
en indiquant également la route suivie, avant et pen- 
dant la peche, la profondeur de Feau, la nature des 
fonds, etc. 

En tenant compte des derniéres modifications ap- 
portées aux formules des carnets de peche, en nous 



inspirant des intéréls de Theure présente et ayant en 
vue la possibilité de recueillir des renseignements 
intéressants, poup le biologiste comme pour le pe- 
cheiir, noLis en avoiis établi une nouvelle dans Tim- 
portant ouvrage que nous avons en préparation. 

Ces créations importantes, indispensables méme, 
l'intérét tout particulier dont est Tobjet de la part de 
Son Excellence Monsieur le Président de la Répu- 
bliqne et de Monsieur le Ministre d'Industries, Tra- 
vail et Instruction Publique, docteur A. Giribaldi, cette 
capitale question des «pecheries», un peu abandon- 
née jusqu'a l'heure actuelle, suggéreront, nous n'en 
doutons pas, toutes les mesures útiles á son dévelop- 
pement et nous sommes persuade que des facilites 
particuliéres seront oíTertes aux enti'eprises désireu- 
ses de se flxer en Uruguay. 

Un des moyens employés pour attirer les indus- 
triéis dans les pays neufs, ou lorsqu'il s'agit d'ex- 
ploitations nouveÜes, est la mise á leur disposition 
de concessions. 

Nous ne croyons pas que, dans Tétat actuel de la 
question, il y nit lieu d'avoir recour*s a ce stimulant. 

Les concessions pourraient étre uniquement des 
concessions territoriales et le prix des terrains sur 
la cote ne justiñe pas, nous semble-t-il, une telle 
faveur. 

Les facilites d'exploitation que nous avons mises 
en évidence sont suífisamment grandes, les dépenses 
á charge de TEtat pour Tétablissement d'une admi- 
rable ligne de phares constitucnt de sa part une suf- 
flsante contribution pour que les entreprises puissent 
comprendre dans leurs immobilisations l'achat de 
l'étendue de terrain nécessaire ti leur exploitation. 

Nous ne croyons pas qu'il puisse étre question de 
concessions de peche. Les eaux marines sont libres 
h trois millos en mer et les eaux territoriales com- 
prises entre la cote et la limite internationalement 
admise doivent, á notre avis, servir, jusqu'a plus am- 
pie infoi^mé, de lieu de refuge aux espéces poursui- 
vies aü large par les engins de Tindustrie moderno. 

En ce qui concerne les eaux territoriales du Rio 
de la Plata, la méme protection pourrait étre assurée 
en laissant la peche libre pour tous en dehors de la 
limite de trois millos. 

íl n'y a aucune raison militant en faveur de la 



Pl. 11 




Fig. 26. - La (listriliutioii ilu [loisson telle (luV'lle sV'f'fei'tuait autreíois. 



- 73 — 

création de personnalités privilégiées (particuliers ou 
sociétés), dont le premier soin sei'ait de faire payer 
ii toLis, par le maintien de prix eleves, la faveur a 
eux accordée. 

Nous estimons, cependant, que, pour encourager, 
poiir faciliter la fixation d'enti'eprises de pOche, TEtat 
pourrait leur accorder la remise de tout ou partie 
des droits de douaiie frappant les matériaux, appa- 
reils, etc., nécessaires á 1' exploitation, comme cela 
a lieu pour certaines industries. 

La remise de la patente pourrait également étre 
concédée durant une période a déterminer. 

Enfin, dans le cas oíi, au debut, le Gouvernement 
croirait devoir accorder des concessions territoriales, 
nous estimons que c'est seulement aux particuliers 
ou sociétés présentant toutes garanties que dcvront 
étre dispensées les faveurs de l'Elat. 

Comme nous l'écrivions en 190(3, avec M. le pro- 
fesseur Gruvel, dans notre plan d'organisation des 
pécheries de la cote occidenlale d'Afrique, il ya lieu 
d'écarter tout d'abord les spéculateurs dont Tidée est, 
non d'entreprendre une exploitation, mais de s'assu- 
rer les terrains y nécessaires pour les passer.. . avec 
un honnéte bénéfíce, á des industriéis désireux de 
travailler. 

De telles opérations ont pour résultat de retarder 
les debuts des exploitations, de diminuer, par une 
lourde immobilisation résultant de l'acquisition de 
teri'ain á des prix majorés, le fond de roulemcnt d'une 
société. 

D'autre part, nous ajouterons que les avantages 
accordés devront l'étre seulement a des entreprises 
bien étudiées, dirigées pai- des gens compétents et 
possédant les capitaux nécessaires ¿i une exploitation 
sérieuse. 

II faut éviter a tout prix que Tinsuccés d'une seule 
société, mal dirigée ou manquant de ressonrces, vien- 
ne jeter le discrédit sur une región dont Tessor éco- 
nomique pourrait étre ainsi retardé de dix, vingt ou 
trente ans, s'il n'élait á jamáis paralysé par Techo 
d'un desastre industriel dont des voix intéressées ne 
manqueraient ceríainement pas d'augmenter les pro- 
porlions pour en exagérer la signification véi'itable. 

ün parliculicr, une société ont, jusqu' á un certain 
point, le droit — ct moralement nous n'admettons pas 



- 74 - 

celte liberté— de compromettre leurs capitanxd.ans uno 
entreprise mal concue ou mal administrée. L'Etat^ 
par contre, a le devoir de ne pas laisser jeten le dis- 
crédit sur une portion, si faible soit-elle, de la ri- 
chesse nationale. 

Et si nous insistons sur ce point, si nous sommes 
disposé a ne pas trouver excesives les }:?aranties qui 
pourront étre demandóos aux concessionnaires íuturs^ 
c'est que nous conservons, tres vivant dans notre es- 
prit, le souvenir des déboires successifs qui avaient 
jeté sur les cotes de la Mauritanie une défaveur con- 
tre laquelle luttait en vain une richesse ichtyologique 
incomparable. 

II n'a fallu rien moins que Tindomptable persévé- 
rance, Tesprit éclairé et la ferme volonté d'un remar- 
qiiable Gouverneur des colonies pour pouvoir orga- 
niser la Mission á laquelle nous avons eu Thonneur 
d'appartenir et dont le résultat a été la création de 
plusieurs exploitations tlorissantes la oii vingt entre- 
prises avaient sombré, en engloutissant leurs capi- 
taux, leurs energies et, ce qui était inñniment plus 
grave, le renom d'une cote admirablement poisson- 
neuse. 

Les demandes de concessions devront done étre 
tres sérieusement examinées par une commision spé- 
ciale et impitoyablement rejetées quand les signa- 
taires ne présenteront pas toutes les garantios re- 
quises. 

Encoré une fois: au moment oii une industrie nou- 
velle va prendre son essor, il ne faut pas oublier" 
que le moindre coup pourrait lui étre fatal. 

Reglementation 

Aux restrictions que nous avons indiquées — prolii- 
bition de Temploi de la «red de arrastre» dans la 
zone de trois milles — devront étre ajoutées cellos de 
la reglementation de la peche avec les engins actuel- 
lement en usage a Tintérieur de cette zone de trois 
milles. 

D'aucuns s'éléveront probablement contre la prohi- 
bition de Tusage des filets trainants dans la zone in- 
diquée. Nous croyons que c'est véritablement le mí- 
nimum qui se puisse demander. 



ro 



Au conrs de nos séjours sur les divcrs lieux de 
peche d'Eiirope et d' A frique, nous avons pu nous 
rendre compte des dégats commis par les pécheurs 
du littoral quiemploient des ftlels a maules extréme- 
ment réduites et iVhésitent meme pas a avoir recours 
á des toiles d'emballage (Tusage de tissus plus se- 
rrés étant rendu impossible par la résistapxe de l'eau). 

Nous ne pouvons mieux faire que rappeler ici une 
communication faite au Congres de Dieppe par M. le 
Président de la Ciíambre de commerce de la meme 
ville: M. Bourgeois relatait le fait suivant : «dans la 
baie de la Somme sur douze corbeilles de poissons 
deux sont vendables. les dix autres sont rejetées ou 
appoi'tées ¿i terre pour y servir d'engrais ou de noui'- 
riture pour les porcs.» 

Depuis notre arrivée en Uruguay nous avons pu 
nous rendre compte que les pécheurs qui utilisent la 
« red de playa» n'ont ríen á envier á ceux de la Som- 
me et nous'devons ajouter que les amateurs de «me- 
dio-mundo» (1) qui vont, les jours de fete, promener 
leurs loisirs sur les digues et leur engin dans les 
eaux du port sont de terribles destructeurs. 

Nous avons vu des bidons de pétrole remplis de 
«pejerreyes») ne dépassant pas quelques centimétres 
et, pour attirer le fretin dans le « medio- mundo», 
tout est bon ii ees pécheurs qui font, sur le pavé de 
la digue, une immonde bouillie, pilant sous une pier- 
re les crabes, qu'ils ont captures et les poissons 
trop petits pour avoir les honneurs de la friture. 

Étant donné qu\m bidón de pétrole a une conte- 
nance de 15 á 16 litros, on est enrayé á la pensée du 
nombre de jeunes «pejerreyes» ainsi détruits. 

Enfln, durant la senriaine sainte, nous avons vu fl- 
gurer au marché du port, sur l'étal d'un marchand 
de poissons, que nous ne voulons pas désigner, des 
«curbinas» ne mesurant guére plus de 10 centimé- 
tres. 

Signaler ees abus est indiquer la nécessité d'y 
metti'e un terme le plus rapidement possible. 

L'établissement de points d'élevage do l'huitre et 

(11 \a\ «nnidio-nuindo » ost un filct vüiiil constitiK' par un ccrplo nu'talli(|ue nu(iuel 
est attaclióo, une, pocluí trc-s pcu in-otundí^ faite iriiii iiia¡lla;tc(í (le tils de fuivii; et 
(jui, suspendu au iiioycn de trois cordes á l'exti'i'mitc d"un liatón, se nian(euvic ile- 
puis les difíi'tís (lu du bonl des roclicrs. Le niaillajíe, extrémeineiit étioit, en t'ait 
un engin excessivenient ineurtrier pour les alevins et le nicuu fretin. 



- 7G — 

de la moule ne clevra pas etre compromis par Tex- 
ploitation désordonnée des mollusques actuellement 
existaiits. 

Une réglementation provisoire sMmpose done et 
Tétablir ne sera possible (comme nous l'indiquions 
dans le projet qui figure au debut de ce travail ) qu'en 
s'inspirant des réglements existants chez les naiions 
dont les cotes présentent des conditions voisines de 
celles de la République O. de TUruguay, pour modi- 
fier ensuite ees réglements dans les parties dont l'in- 
suttisance et le défeut d'adaptation auront été mis en 
évidence par les études biologiques pratiquées. 

Inspection de la peche 

Etablir des réglements est bien mais insutíisant. II 
faut qu'une organisation spéciale en assure l'exécu- 
íion. D'oii nécessité de creer une inspection de peche 
dont la surveillance devra s'exercer ¿i la fois sur les 
iieux oü elle se pratique et sur les points oú sont 
mis en vente ses produits. 

Frapper d'une amende ceux qui offrent au public 
des poissons dont les dimensions sont inférieures á 
celles indiquées par les réglements, tout en confis- 
quant ees ménaes poissons, est un des meilleurs mo- 
yens d'assurer le respect de la réglementation. Le 
jour oü les pécbeurs ne seront plus assurés de pou- 
voir écouler avantageusement les poissons captures 
á Taicle de fllets prohibes, soit pour leur mode d'ac- 
tion, soit pour les dimensions de leurs mailles, ils 
cesseront rapidement d'utiliser de tels engins. 

D'autre part, la conflscation de ees naémes engins, 
quand les inspecteurs surprendront des embarcations 
se livrant á la peche clandestino, sera un excellent 
moyen de mettre un terme a, la destruction inces- 
tante qui s'exerce actuellement au tres grand préju- 
dice des pécheurs respectueux des réglements et — 
fait plus grave encoré — de la multiplication des pois- 
sons dont les alevins disparaissent par milliers. 



Département de peche 

Les di verses crcations dont nous croyons avoir 
mis en évidence l'absolue nécessité devront consti- 
tuer un tout absolument homogéne, sous une méme 
direction et nous estimons que IMmportance des in- 
léréts en jeu justiñe largement la création d\ui dé- 
partement s.pécial, place sous la tres haute autorité 
de Son Excellence Monsieur le Ministre d'industries, 
travail et instruction publique. 

Nous n'enirerons pas ici dans les détails de l'or- 
ganisation d'un tel département, nous proposant d'ex- 
poser ultérieurement nos idees a ce sujet. 

Mesures transitoires 

Mais la création d\ine station de biologie marine, 
d'une école et d'un musée de peche, Tétablissement 
d'une réglementation appropriée. aux conditions de 
rUruguav et d'une inspection des peches, l'organisa- 
tion d'un département spécial réclament des études 
préparatoires un peu longues quelque grand que soit 
le désir d'arriver a une prompte solution. 

Les travaux que nous avons effectués ne consti- 
tuent, en somme, qu'une faible partie d'un ensemble 
qu'il y a le plus grand intérét— le résultat des pre- 
mieres recherches l'a mis en évidence — qu'il y a le 
plus grand intérét, disons-nous, a poursuivre immé- 
diatement. 

Nous estimons qu'il devrait étre procede sans délai: 

lo) A l'exploration des eaux baignant les cotes de 
Test, dans la partie que nous n'avons pu étudier 
dans notre premier voyage, c'est-a-dire du cap Santa 
María a la frontiére brésilienne. 

2o) A l'étude de la cote á terre, depuis Montevideo 
jusqu'á la méme frontiére, en ayant surtout en vue 
la recherche des parages oíi il serait possible d'éta- 
blir des salines et d'entrcprendre Vostréiciiltiire et la 
mutilicaltiti'e. 

30) A l'étude de toutes les lagnnes bordant la méme 
cote et qui, par leur communication constante ou inter- 
mitiente avec la mer, présentent un intérét tout spé- 



cial au point de vue de l'élevage de certaines classcs 
de poissons et de molkisques. 

Les matériaux recueillis au cours de notre mis- 
sion, et ceux que iious recueillerons dans nos voya- 
ges futurs, nous permettront la constilution rapide 
d\in musée de la faune aquatique de la République 
Oriéntale de l'Uruguay. 

Durant le période d'étude des créations sus-indi- 
quées, nous sommes persuade quMl est indispensable 
d'effectuer les travaux que nous venons de men- 
tionner. 

lis permettraient de faire des observation du plus 
haut intérét, de recueillir des élénnents importanls et 
c'est á ees recherches que nous avons l'intention de 
consacrer les heures que nous laisse libres notre en- 
seignement h l'Institut d'agronomie. 

Dans le but de faciliter l'entrée de la rade de Mal- 
donado aux bateaux pécheurs, que les résuliats de 
notre croisiére pourront amener á venir travailler sur 
la cote de Test, nous croyons qu'il y aurait lieu d'é- 
tudier la création d'.un feu á placer a la pointe sud 
de Tile Gorriti. Guidés par ce feu et le phare deja 
existant, les vapeurs pourraient entrer et sortir de 
Tabri naturel qui leur est offert et cette création ren- 
drait en meme temps service aux bátiments mar- 
chands qui viennent chercher un refuge k Maído - 
nado. 



Progrés réalisés 

Depuis que nous avons terminé ce rapport, des 
modifications extrémement heureuses se sont produi- 
tes dans Texploitation de la peche en Uruguay. 

L'entreprise P. Galcerán, encouragée pai- les résul- 
tats que nous avions pu obtenir méme en ne serrant 
pas de tres prés les réalités d'une cxploitation in- 
dustrielle, envoya, quelque temps aprés notre retour, 
une partie de sa flottille de vapeurs et de voiliers 
sur la cote de Test. 

C'est la baie de Maldonado qui fut prise comme 
base d'opération. La peche s'elTectue au large, en 
dehors de la ligne des caps qui déterminent la li- 
mite du Rio de la Plata (cap Santa Maria, cap An- 



- 79 — 

toniü) au moyen du «bou» trainé par deux vapeurs. 
A la C(Jte oii du moins a une faible distance, les 
vüiliers se livrent a la peche aux palangres. 

Tous les jours un vapeur, aprés avoir embarqué le 
produit de la péclie des divei's petits batiments, quitte 
Punta del este de maniere a arriver a Montevideo 
avant le départ des vapeurs qui font la traversée 
Montevideo -Buenos Aires. 

Au bout de quelque íemps, gráce á la connaissance 
des lieux acquise par les patrons des vapeui's, Tim- 
porlance des captures augmenta considéi'ablement et 
on put songer, non-seulement a accroitre Texportation 
sur la capitale voisine, mais encoré á faire bénéñcier 
Montevideo de l'heureuse amélioration produite dans 
le i^éndement de la peche. 

Un groupe de personnes progressistcs eut l'idée de 
profiter des cii'constances pour en finir avec les re- 
grettables pratiques qui faisaient jusqu'alors du pois- 
son un ai-ticíe de Iwxe. Une société fut fondee sous 
le nom de «Proveedora de pescado» et sa direction 
confiée á Tintelligente activité de Monsieur André J. 
Soca. 

Faisant disparaitre ce que Ton peut sans exagéra- 
tion appeler «un abus», abus dont sont coupables 
beaucoup plus les intermédiaires que les pécheurs 
eux-mémes, la «Proveedora de pescado» voulut 
également mettre fin á la deplorable facón dont s'ef- 
fectuait le transport du poisson dans les rúes. 

Jusqu'a ce jour, en eíTet, les revendeurs achetaient 
au mole des pécheurs le poisson attaché pai* groupe 
de nombre variable mais de poids á peu prés cons- 
tant (trois kilos environ) et designé sous le nom de 
« collera ». 

Ces «colleras» sont constituées par la reunión de 
plusieurs poissons dans les opérenles desquels on a 
pass('' quelques brins de jone qui sortent par la 
bouche. 

Les revendeurs suspendent ees « colleras» aux deux 
extrémités d'un long báton qu'ils porlent sur Tépaule 
et vont ainsi par les rúes, oíírant leur marchandise 
et criant le nom des poissons pour avertir de leur 
passage. 

De quelle quantité de poussiéres se couvrent les 
poissons, cela est impossible á déterminer. Et, pour 
peu que le soleil fasse sentir Tardeur de ses ra- 



- 80 - 

yons— ce qui n'est pas vare sous le ciel serein de 
Montevideo— on peut se flgurer aisément dans quel 
état parvient aiix confeommateurs une marchandise 
qui n'est ménne pas vidée. 

Queiquefois, au lieu de suspendre les «collei'as)) 
aux extrémités d'un báton, les revendeurs les placent 
dans deux corbeilles qui sont snspendues aux extré- 
mités d'une perche h la facón des plateaux d'une 
balance aux extrémités d'un fléau. 

Dans l'un et l'autre cas une protection illusoire est 
assurée contre la poussiére par une toile d'emballage 
placee soit sur les poissons suspendus soit sur les 
corbeilles. Elle est mouillée avec des eaux d'une 
propreté tres problématique et n'a d'autre effet que 
de taire passer sur un lot de poissons une partie des 
microbes des lots précédents. 

Bien souvent il nous a été donné de voir — dans 
les quartiers ouvriers c'est un spectacle journalier — 
les poissons suspendus en «colleras» ou places dans 
des corbeilles séjourner sur le bord de la chaussée, 
pendant que les revendeurs servoient leur diéntele 
ou laisaient, dans quelque débit de boisson, des sta- 
tions que la chaleur du jour et la fatigue d'une pro- 
menade prolongée á travers la vi lie les portaient a 
allonger considérablement. 

Pendant ce temps leur marchandise se couvrait de 
toute la poussiére soulevée par le passage des véhi- 
cules et des rapides tranways électriques et la vérité 
nous obligo á mentionner que queiquefois elle recoit 
autre chose que de la poussiére, qui lui vient des 
chiens promenant leurs loisirs par les rúes. 

La «Proveedora de pescado» répartit le poisson á 
domicile au moyen de voitures munies de caisses 
fermées placees sur les parois laterales. 

En été le poisson peut-étre maintenu frais au mo- 
yen de glace. Enfln cette entrepiise vend du poisson 
sans étre vidé — car telle était la coutume jusqu'á ce 
jour— et aussi du poisson vidé. C'est la une excel- 
lente mesure qui, il y a tout lieu de l'espérer, ha- 
bituera peu a peu les consommateurs a accepter cet 
article refusé sur le marché pour des raisons qui 
nous échappent. 

Dans ees conditions, le poisson, vidé a l'arrivée se 
conserve avec une facilité beaucoup plus grande et 



— 81 — 

cette éducation aura des conséquences excellent.es 
pour les pécheurs eux-mémes, Sachant que le pois- 
son vidé est accepté, ils pourront effectuer ropération 
aussitüt la peche terminée et ne semnt pas ainsi ex- 
posés á jeter i\ la mer une partie importante de leurs 
captures' qui, en été, arrivent au port dans un étai 
de décomposilion qu' expliquent surabondammentrac- 
cumulation des captures et Télévation de la tempé- 
rature. 

Mais les progrés efiectués dans la distribution du 
poisson ne sont pas les seuls dont ait á se réjouir la 
population de Montevideo. La nouvelle entreprise, 
possédant de puissants moyens d'action, assurée d'un 
écoulement que facililent la supériorité des produits 
oííerts et Texistence de seize voitures de distribution 
et de plusieurs postes de vente dans les marches et 
dans divers quartiers de la ville, a pu abaisser con- 
sidérablement le prix de ses marchandises. 

Elle s'est, d'autre part, assuré, par la passation 
d'un contrat avec Tentreprise Galceran, la quantité 
de poisson nécessaire a l'approvisionnement de ses 
voitures et de ses divers postes. 

Les précautions dont elle a su s'entourer lui per- 
mettent de vendré le poisson au kilo (ce qui est une 
innovalion car le poids de la «collera» ctait deter- 
miné a vue d'ceil) et a prix ñxe peiidant tóate Vanee. 

Les prix sont fixés comme Tindique le tablean 
ci-aprés: 




Filets de curbina . 
Filets de pcscadilla . 
Paro-os blancos 
Curbinas . . . . 
Pescadillas . . . . 
Palometas . . . . 
Congrios . . . . 

Bagres 

Rayas 

Cazones 

Angeles 

Chuchos 

Lisas, etc., etc. . 





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1 m 


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> 



Brótulas. 
Burriquetas 
Lenguados . 
Pescadilla de red 
Pejerreyes . 
Congrios de red 
Anchoas 
Rubios . 
Bureles . 
Pámpanos . 
Ñatas-. 
Caballas 
Bonitos. 



82 — 



EXTRA -FIN 



Prix le Ko 



DIVERS 



Prix le Ko 



Sargos . 

Pargos rosados 

Meros 

Besugos. 

Salmonetes. 

Soles. . . . 

Sardinas. 





■* 


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*~ 


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Mejillones . . . , 

Almejas 

Cangrejos . . . , 
Caracoles . . . . 

Lapas 

Langostines 
Camarones . . . . 
Huevos de pescados. 



(/) 



as 
■a 

c 
o 

SI 



Les prix que nous indiquons correspondent h la 
moitié ou au tiers des pi-ix auxquels était habituée 
la population en temps ordinaire. Lorsque, pour une 
cause quelconque, le poisson étaii i'are ou lorsqu'il 
était plus recherché ( notamment pendant le carcme) 
les prix étaient majorés dans une proportion enorme. 
Une «curbina» de demi-kiJo était vendue coui'am- 
ment ^ 0,20 ou ^ 0,30. Pendant la seniaine sainte le 
poisson devenait un article de tres grand luxe et les 
familles de la classe moyenne ne pouvaient songer 
a le voir flgurer sur leur table. 

Les engagements pris par la « Proveedora de pes- 
cado» assurent done á la classe la plus intéressante 
— la classe ouvriére — un aliment nutritif et sain dont 
la nécessité se fait particuliérement sentir dans une 
population OLÍ le bas prix de la viande en fait pres- 
que l'unique aliment. 

En méme temps que la certitude d'un approvision- 
nement régulier permettait la constitution d'une en- 
treprise pour la vente du poisson, elle déterminait 
certains fabricants de conserves á entreprendre une 
fabrication que sa marche réguliére pourrait rendre 
économique. 

La maison Santini acheté journellement deux-cent 
cinquante a trois cents kilos de poissons pour la pré- 
paration d' «escabeche)). Ce. sont plus paniculiére- 
ment des « curbinas)), des « pescadillas » et des « con- 
grios)). 

Une espéce qui est susceptible de permettre éga- 
lement la préparation d'un excellent i)rodait sous la 
méme forme est le «pejerrey» de grande taille ou 
dos noir (lomo negro). 



83 - 



(Conclusión 

Nous venons de voir ce qu'était hier l'induslrie de 
la pC'cíhe dans la République Oi'ientale de 1' Uruguay 
et ce qu'elle est aujourd'hui. 

Que sei'a-t-elle demain? 

Püur toutes les raisons qne nous avons signalées: 
abondance et excellente qualité du poisson, facilites 
exceptionnelles de l'exploitation, proximité des points 
de Cüiií^ommation, existence de marches deja ouverts, 
11 y á tout lieu de croire qu'elle prendra i'apidernent 
un brillant essor. 

Deja nos modestes recherches ont éveillé Tatlen- 
tion du commerce et des industries intéressées; déj¿\ 
des demandes nous sont parvenúes de divers c()tés 
et d'Europe méme, dont nous n'espérions pas voir 
s'ouvrir le marché aux produits de la peche sud- 
americaine, certaines préparaiions nous sont deman- 
dées par plusieurs maisons importairices. 

Nous sommes persuade que gráce á la haute pro- 
íection accordée par le Gouvernement á la peche et 
aux industries annexes, gráce aux travaux deja etfec- 
tués et qui seront suivis de nouvelles recherches, 
gráce á l'augmentation des facilites offertes aux ex- 
ploitations ( íes travaux de construction du port de 
(í La Paloma» sont deja commencés) les richesses 
mieux connues de la faune aquatique de la Républi- 
que Oriéntale de l'Uruguay attireront et retiendront 
Tattention des industriéis et capitalistes aux dispo- 
nibilités desquels est offert un emploi des plus ré- 
munérateurs et qui serait sans aucun alea si les 
entrepi-ises humaines n'élaient précaires par leur 
essence méme. Mais nous pouvons diré que les ris- 
ques sont, dans le cas qui nous occupe. réduits au 
minimum et que les chances de succés atteignent 
une proportion bien i'arement réalisée. 

Aoüt, 1909. 



- 84 



appENDieE 

Plus de deux années se sont écoulées de puis les 
travaux de recherches que nous avons effectuós sur 
les Cutes de Test de la République Oriéntale de l'Ui'u- 
guay et dont les résultats ont été exposés dans le 
rapport presenté au Congrés de La Haye en 1ÜÜ9. 

Qu'en a-t-il été de nos souhaits et de nos espe- 
rances? Quel sort leur a-t-il été reservé par ees 
deux années qui appartiennent h l'avenir que nous 
cntrevoyions si brillant? 

Il pourrait sembler, ii prenniére vue, que nos pré- 
dictions se trouvent en défaut et que la continuation 
des recherches dont nous signalions Timpérieiise né- 
cessité ait été considérablement reculée, á s'en teñir, 
du moins, a Tabsence de toute publication et de toutc 
indication de modification impoi-tanic du mouvement 
industriel durant ce laps de temps. 

Nous sommes cependant heureux de pouvoir sig- 
naler que s'il y a eu une stagnation tant au point de 
vue de l'essor de l'industrie qu'á celui de la conti- 
nuation des études le «sur place» est beaucoup plus 
apparent que réel. 

Nous pouvons méme diré qu'uno évolution lente et 
continué eút bien diíficilement aniené au point oii 
elle se trouve actuellement la question des pécheries 
inaritimes et de leur étude méihodique. 

S'il n'est que trop vrai que, durant deux années — 
et sous l'inñuence de causes múltiples qu'il n'y aurait 
aucun intérét h exposer ici —les recherches que nous 
avions entreprises ont pu paraitre paralysées, s'il est 
vrai que le mouvement d'industrialisation de la peche 
dont on vient de lire Texposition n'a pas suivi la 
marche que d'aucuns, dont nous sommes, eussent été 
heureux de lui voir indéflniment prolonger, nous de- 
vons reconnaitre que, dans l'espace de quelques mois, 
de quelques semaines devrions-nous diré, des pro- 
grés inattendus, inespérés méme ont été faits tant 
dans le domaine de l'étude scientifique de la question 
«pécheries» que dans celui de son cxploitation indus- 
trielle. 

Une des premieres préoccupations du Gouvernement 
actuel, aux destinées duquel préside Son E'.xcellence 



- 85 - 

Monsieur le Présidcnt de la Rcpublique, José BaiUe 
y Ordóñez, a été d'assurer le développement des in- 
dustries deja existantes dans la République Oriéntale 
de rUrugiiay ou susceptibles d'y étre implantées et, 
au tout prennier rang, a été placee la question «Pe- 
che et industries annexes». 

Moins d'un mois aprés la constitution du minislére 
Son Excellence Monsieur le Ministre d'industries, 
docteur Eduardo Acevedo, nous faisait l'honneur de 
nous confier l'établissement de Tavant-projet relatif 
á la création d'un organisme qui aurait a connaitre 
de toutes les recherches relatives á l'étude de la faune 
aquatique de F Uruguay et ;i son exploitation indus- 
trielle. 

Quelques jours aprés S. E. Monsieur le Président 
de la République envoyoit ¿i TAssenablée législative 
un message relatif c\ la création d'un centre d'<itudes 
sur les bases que nous avions cru devoir indiquer et 
qui sont essentiellement exposées dans les conclu- 
sions de notre communication au congrés de La 
Haye. 

La commission désignée par la Chambre des dé- 
putés a étudié le projet presenté par S. E. Monsieur 
le Ministre d'industries et ses conclusions sont favo- 
rables a la mise en exécution du dit projet qui n'a 
souffert que de tres légéres modifications, d'ailleurs 
uniquement inspirées par le souci d'augmenter les 
moyens de travail mis a la disposition du personnel 
scientifique auquel sera conñée l'étude de l'aquicul- 
lure tant en eaux marines que dans les fleuves et les 
lagunes. 

Pour la création d'une station de zoologie marine, 
de piscifacture et de pisciculture; pour les installa- 
tions nécessitées par les études relatives t\ la mytili- 
culture, l'ostréiculture et l'acclimatation des crusiacés 
comestibles de grande taille (homard, langouste, etc.) 
ainsi que pour l'achat d'un vapeur spécialement amé- 
nagé pour les recherches en mer il ;i été destiné une 
somme de $ 150.000 soit plus de huit cent mil le 
francs. 

Sans entrer ici dans les détails d'un projet dont 
nous aurons prochainement l'occasion d'exposer l'é- 
conomie nous devons meniionner que le directeur de 
la división d'aquiculture disposera non seulement du 
matériel et des édifices nécessaires a toutes les étu- 



— 8(; — 

des et recherches qu^impose la solution des mille 
problémes de celte branche de l'industrie, mais en- 
coré d'un pei^sonnol scientiíique ot icchnique spéciale- 
ment choisi qui liii perrnettra d'obtenir des éléments 
places entre ses mains le máximum de resultáis dans 
le mínimum de temps. 

A l'heure oú paraitra cet ouvrage les conclusions 
du rapporieur de la commision, Monsieur Héctor 
Gómez, auront tres probablement été adoptees par 
la Chambre des députés et nous sommes persuade 
qu'au Sénat le projet recevra le méme accueil que 
tous ceux auxquels cette haute assemblée a déjá pi-été 
l'appui le plus decide parce que, comme celui qui nous 
occupe, ils étaient inspires par le souci du plus grand 
et du plus rapide développement économique de la 
Ré publique. 

Voila ce qui a été fait du cote offlciel et, malgré 
notre .tres legitime impatience, nous n'osions enii'e- 
voir une aussi rapide et une aussi complete solution 
de la quesiion soulevée par nos premieres études. 

De son cóté l'initiative privée n'a pas été moins 
féconde. Plusieurs compagnies de peche, puissament 
outillées, étudient déjá les conditions dans lesquelles 
il leur serait possible de s'établir sur les cotes ou 
sur les rives des lagunes de la République Oriéntale 
de rUruguay. 

Des capitalistas dont, par discrétion, nous devons 
taire les noms et les négociations, étudient la créaiion 
de stations de peche dont l'installation repondrá aux 
exigences et aux derniers progrés de Tindustrie mo- 
derne. 

Disons aussi qu'un groupe de capitalistes urugua- 
yens se dispose á immobiliser des disponibilités dont 
íe montant dépasse un million de francs pour la créa- 
tion de colonies de peche qui seraient prochainement 
fondees en divers points de la cote: embouchure de 
la riviére Solis, cap José Ignacio, cap Santa María 
et la Coronilla. 

L'étudede ce projet, soumis a l'approbation du Corps. 
législatif, a méme' suggéi'é l'idée de l'établissement 
d'une législation spéciale relative á toutes les entre- 
prises de colonisation ayant pour base la peche et 
les industries dérivées. 

Nous ajouterons, enfln, qu'ua projet a été égale- 
ment presenté pour Tétablissement de salines sur la 



— 87 — 

cote marine de Test de la République Oriéntale de 
rUruguay. 

Les proo^rés réalisés durant les deux derniéres années 
ne sont d'ailleurs pas limites á des initiatives qui 
vont tres prochainement entrer dans la voie de la 
réalisation. II y a déjá enormément de fait et ccci a 
tres heuí'eusement precede cela. 

Ceci, c'est Fétablissement du chemin de fer jus- 
qu'á Maldonado, c'est la construction d'un embarca- 
dére et d'un brise-lames a Punta del este ainsi que 
le dragage d'une partie de la baie de Maldonado, 
c'est enfin la construction du port de La Paloma dont 
les travaux se poursuivent tres activement depuis 
plus d'une année. 

Les plans de la baie de Maldonado et du port de 
La Paloma dont nous devons la communication á 
l'amabilité de Monsieur l'ingénieur Benavidez, direc-^ 
teur du service hydrograpliique au ministére des trá-^ 
vaux publics, donnent, d'ailleurs, une idee li^ésexáéte 
de ce que sont les refuges offerts aux bateaij?¿'dé* 
commerce et aux vapeui's de peche et des facilites 
qui leur sont offertes pour les opérations qu'ils peu- 
vent avoir ¿i effectuer, 

II y a done eu, au point de vue spécial qui nous 
occupe, des progrés considerables réalisés depuis la 
rédaction de notre rapport d'aoút 1909. 

Ge développement de l'industrie de la peche n'a 
pas été localisé en Uruguay. 

Dans la République Argentino oü, depuis de Ion- 
guos années, un savant tres distingué, notre excel- 
ient ami Monsieur le docteur Lahille lutte pour la 
niéme cause que nous, nous avons observé, durant 
la méme période, un essor aussi intéressant au point 
de vue de l'industrie privée qu'á celui des recherches 
otticielles. 

II existe deja en Argentine un noyau industriel ini- 
portant dont un des composants essentiels est la So- 
ciété anonyme «La Pescadora Argentina» qui, depuis 
le debut de 1911, ne dispose pas de moins de huit 
vapeurs excellents qui utilisent l'otter-trawi. 

Des sommes importantes vont étre consacrées par 
le (Touvernement a Fétablissement d'une station d'a- 
quiculture marine et le caractére de ce travail m'obli- 
ge malheureusement a passer sous silence tout ce 
qui a deja été fait et les intéressants projets de INlon- 



sieur le professeur Lahille, tant en ce qui concerne 
roslréiculture qu'au point de vue de racclimaíation 
en eau douce de nouvelles espéces pi^ursuivie paral- 
lélement avec l'exploitation des meilleures eí^péces 
indigénes. 

Au Brésil un rapport récemm.?nt pai*u insiste sur 
les |)0ints que nous signalions deja en 1909 et sur la 
convenance qu'il y aurait a creer une Direction ge- 
nérale de la peche dotée du personnel scientiflque et 
pratique nécessaires pour effectuei' l'étude d'une in- 
dustrie pour ainsi diré encoré naissante. 

Enfin, nous savons qu'au Chili de études et projels 
dus k l'initiative du Gouvernement uruguayen sont 
suivis avec le plus grand intérét eí qu'une haute per- 
sonnalité insistait, ií y a peu de tenips, sur Timpor- 
tance des avantages que de íelles initiativespourraient 
rapporter á la fíorissante République de la cote oc- 
cidentale de l'Amérique du Sud. 

Sur tout le continent sud-américain, et tout spé- 
cialement dans la République Argentino, la consom- 
mation du poisson a pris un extensión considerable 
et les statistiques indiquent que la production devra 
augmenter dans de grandes proportions pour faire 
face aux demandes du marché. Ces demandes vont 
en croissant avec une rapidité certainement peu faite 
pour étonner ceux qui assistent au développement 
économique véritablement prodigieux des nationssud- 
américaines mais bien supérieure encoré k la mar- 
che ascendante que suit la production. 

Les statistiques les plus recentes que nous ayons 
pu nous procurer révélent, pour la seule République 
Argentino -le débouché le plus important offert á. 
l'industrie de la peche en Uruguay, ainsi que nous 
avons eu Toccasion de le mentioner — une consom- 
mation totale de 17:871.564 kilogrammes en 1907, 
19:424.591 kilogrammes en 1908, et 21:256.093 kilo- 
grammes en 1909, soit une augmentation de 1:553.027 
kilogrammes de 1907 á 1908 et de l:83s.502 kilogra- 
mes de 1908 á 1909. 

En examinant les chitfres de la production des 
deux derniéres années, durant lesquelles les produits 
de la peche ont augmenté dans une proportion con- 
siderable— la fondation de la «Pescadora Argentina» 
date de 1907 — il est facile de se rendre compte de 
Técart qui existe entre Taugmentation de ToíTre de 
poisson indigéne et celle de la demande. 



- 89 - 

Poiir 1908, la prodiietion a été de . . . 9:032.643 kilogrammes 
Pour 19U9, la proiluction a été de . . . 10:744.752 kilo<4nuiunes 
soit une au^meiitation de 1:712.109 kilogrammes 

inférieure de 119.393 kilogrammes á l'augmentation 
la coiisommation. Ces 119.393 kilogrammes se re- 
trouvent, d'ailleurs, dans Taugmenlaiion des produits 
importes ( poissons frais et conserves) qui passent 
de 10:391.948 kilogrammes en 19U8 á 10:511.341 kilo- 
grammes en 1909. 

Ces chiffres disent éloqiiemment combien est vaste 
le marché qui s'offre aux pi'oduits de la peche. Et si 
Ton songe que c'est depuis peu d'années seulement 
que la consommation du poisson commence á se gé- 
néraliser, si Ton tient compte d'autre part que le prix 
actuel des poissons, crustacés et mollusques en fait 
encoré un véritable article de luxe, on ne peut mieux 
faire que partager notre optimismo en ce qui concer- 
ne le dévehjppement d'une industrie nouvelle encoré 
en Amérique du Sud et appelée au plus brillant avenir. 

Juiu, 1911. 



- 9,1 - 



TABLE OES METIERES 



iNTRODUCrrON 3 

PnOJEl' d'oRGAMSATION d'lNE MISSION d'kI'UUIíS .... () 

Géographit' et hydrographie O 

Météorologio 9 

Poi.ssons, crustacés ct niollusqucs O 

Peche 10 

Procedes de coiiservatiou 10 

Prodnit accessoires 10 

Etiide biologique des poissons, crustacés et inolliisques . . 11 

Salines 11 

Epoque de travail 12 

Bateaux, engins de peche, etc 18 

Organisation d'uiie mission 15 

Travaux I)k la mission 16 

Partie anecdotique 17 

Géographie, hydrographie, cliiiíatologie 28 

Poissons 30 

Crustacés 48 

Mollusques 48 

Peche 4í) 

Qualité des poissons óO 

Poisson salé ól 

CONCLUSIONS GENICKALIÍS DE LA MISSION íV) 

Centres d exploitation Gó 

Station de biologie marine G7 

Ecole de peche G8 

Musée de peche 70 

Carte des fonds de peche 70 

Carnet de peche 71 

Réglementation de la peche 74 

Inspection de la peche 76 

Département de peche 77 

Progués réalisés 78 

Conclusión 83 

Appendice 84 



92 - 



PLaiVeHES HORS TEXTE 



Pagrs. 

Planclie I 32 

» II . . . ^i 

III 3G 

IV 38 

V 40 

VI 44 

Vlt 46 

VIII 50 

IX 54 

X 66 

XI 72 

XII 76 



eaRTES 



Carte N.» 1. — Carte g-énérale de l'Urug-uay 3 

» :> 2. —Plan de la baie de Maldonado 18 

» » 3. — Embarcadére et brise-laincs de Punta del Este 82 

» » 4. — Plan du port de La Paloma 86 



t^ 



PB-6346-3B 
75-30T 
B-T 



^ 



3 ^Dññ DQ317mT 3 

nhfish QL632.U8B78 
Contributions &a l'-etude de la p;eche m